‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 275 sur 595 · CHAPITRE II LIÈGE REFUGE ET CITADELLE DE L'ESPRIT NOUVEAU · texte numérisé non relu

CHAPITRE II LIÈGE REFUGE ET CITADELLE DE L'ESPRIT NOUVEAU

Les philosophes et leurs idées en pays liégeois'. — Le grand mouvement qui, en France, emportait les esprits vers de nouveaux horisons, entraîna aussi les Liégeois. Et il ne s'agit pas ici de vagues légères, dernières ondulations d'une agitation lointaine. L'esprit philosophique s'établit solidement dans la principauté. Quand arrivait un apôtre qualifié de la nouvelle foi, c'était une envolée de plumes. Ainsi, en 1780, Raynal se rendit aux eaux de Spa ; il fut fêté et célébré. Bassenge lui adressa une pièce de vers: La Njmphe de Spa à l'abbé Rajnal. Cette pièce circula partout et fut l'occasion d'un vrai scandale.

Bientôt des philosophes émigrés firent de la ville un centre d'où rayonnèrent les doctrines nouvelles. Chacun, suivant ses dispositions politiques et ses idées religieuses, a parlé à sa façon, avec enthousiasme ou avec haine, de cette invasion', qui fit de la principauté, devenu Refuge, une petite Hollande.

Nul doute en tous cas que les conséquences n'en aient été considérables. En 175.3 se formait une Société de gens de lettres pour vulgariser la littérature française. Le noyau était formé de Pierre Rousseau, de l'abbé Yvon, du Prévôt de Horion, du grand mayeur de Horion, son frère. P. Rousseau, venu de France, était libraire. L'abbé Yvon, normand, était un interdit de l'archevêque de Paris, de Horion avait été ambassadeur du prince-évêque en France. L'influence d'une telle élite ne pouvait manquer d'être grande, elle s'exerça surtout par \e Journal encyclopédique, dont l'action portait fort loin hors des frontières de l'évêché, mais agitait aussi, comme on pense, les esprits dans la principauté ^

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