WALLON ET FRANÇAIS
concerts où se faisaient entendre les meilleurs artistes du terroir. (Ce fut le germe de la Société libre d'Emulation) ».
Au sein de ces réunions, formées de l'élite intelligente de la nation, le Théâtre liégeois fut composé par iNIM. de Cartier, Fabry, S. de Harlez et P. G. de Vivario'. Les quatre pièces du recueil furent données là avant d'être jouées en public. Ce sont, outre Le Voyage de Chaud fontaine, Li Lidjwe's égadji (Le Liégeois engagé, 1757, paroles de M. Fabry) ; Li Fièsse di Honte s'i-ploût (La fête d'Ecoute-s'il-pleut, paroles de M. de Vivario), enfin les Hjpocondes, paroles de M. de Harlez.
Ces quatre opéras eurent une vogue énorme. 11 faut ajouter que les auteurs, si au courant qu'ils fussent du français, et si bon usage qu'ils en fissent ailleurs, ne se sont pas privés du plaisir de railler les « fransquillons ». 11 y en a un dans Le Voyage de Chaud fontaine, le caporal Golzau, qui cherche à éblouir Tonton de son français de caserne. Dans Le Lié'^eois en^m^é, un bas-officier écorche aussi le français".
Du « Théâtre liégeois » date, on peut le dire, une renaissance de l'idiome à la scène. Désormais les opéras burlesques continuent à s'assurer cet élément de succès. Dans la pièce jouée le 23 août 1784, en l'honneur de l'entrée du nouveau prince-évêque : Apollon chez les Eùurons, il y a des couplets en patois liégeois.
La résistance du dialecte. — - 11 est difficile d'exagérer l'influence qu'exercèrent en faveur du wallon ces piécettes. Un couplet qu'on répète, qu'on rabâche même, surtout s'il est malicieux, qui passe de l'un à l'autre, vaut mieux qu'un plaidoyer ou une grammaire. Il n'est pas besoin de dire, que, dans la conversation, le patois était usuel; il l'est demeuré jusqu'aujourd'hui, même dans des familles très cultivées.
Nous avons pour le xviii* siècle divers témoignages : « Ils [les Liégeois] parlent, dit Forster, une sorte d'idiome corrompu, mais qui seroit cependant reconnu par un académicien de Paris pour être immédiatement dérivé du françois. Les artisans et les ouvriers se servent d'une espèce de jargon welch, connu sous le nom d'idiome wallon. Ce patois est entièrement inintelligible. Les mots d'origine françoise y sont tellement dénaturés par la coupure ou le prolonge-