‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 282 sur 595 · WALLON ET FRANÇAIS · texte numérisé non relu

WALLON ET FRANÇAIS

paru propre à rendre mon ouvrage intéressant ; si je l'ai rendu supportable, c'est principalement à cette savante source que j'en suis redevable » '.

Dans son Mémoire, Le Gay considérait le patois comme un obstacle très sérieux à la francisation Intégrale. « La Nation Liégeoise, dit-il, a conservé un Langage barbare qui s'opposera long-tems à ses progrès dans toute autre Langue. Les conséquences que je viens de déduire, dérivent toutes de la cause première qui a porté les Liégeois vers les Arts plutôt que vers les Lettres, mais aucune n'est aussi grave, ne sera aussi dilFicile à détruire que le Dialecte qu'ils ont contracté,

« Ce Langage mêlé de Gaulois, de Celtique, de Teuton, d'Espagnol et de François, sans règles, sans principes, s'est néanmoins transmis d'âge en âge ; Il infecte encore la Chaire et le Barreau, malgré l'exemple de quelques Pasteurs et de plusieurs Avocats qui s'efforcent d'établir l'usage de la Langue Françoise ; ces efTorls qui méritent des distinctions et des encouragemens, produisent même un nouvel obstacle, je veux dire les mauvais imitateurs, qui, sans atteindre à la perfection, introduisent un François corrompu : 11 est Incroyable combien ce mauvais style est répandu ; il se trouve partout : Actes, Instructions d'atfaires, Plaidoyers, Conversations, jusqu'aux Livres destinés à transmettre à la Jeunesse les principes de la Religion, sont écrits d'une manière inexacte et peu digne des grandes vérités qu'ils enseignent. Comment donc un Peuple qui ne parle qu'un Langage barbare ou corrompu auroit-il pu se distinguer dans les Lettres, puisqu'avant de rien produire, il faut pouvoir sentir les beautés des modèles qu'on se propose d'imiter ou de surpasser? Ce qui peut-être a pu retarder encore les progrès de la Langue Françoise, c'est le défaut de ces établissemens qui servent de rendez-vous, tels que les Jardins publics » -.

En somme Liège apparaît comme étant à peu près dans la situation de beaucoup de villes des provinces françaises : Toulouse ou Marseille. Des affinités d'esprit y répandent un goût très vif des choses françaises. On constate partout dans la haute société un efl*ort pour posséder le français de France dans sa pureté ; dans le peuple des sentiments cordiaux envers des voisins, un désir d'être en communication facile avec eux. Ces dispositions naturelles, loin d'être contrariées par le pouvoir, étaient favorisées par lui. Le français en profitait. Il avait cause gagnée, mais le travail d'assimilation était très loin d'être terminé ^

i. Cambresier, Dicl. Walon-François, Préface. Liège, 1787.

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