‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 298 sur 595 · LE XVIF SIÈCLE. SAVOYARDS ILLUSTRES · texte numérisé non relu

LE XVIF SIÈCLE. SAVOYARDS ILLUSTRES

bassade, qu'on essaya aussi de garder à Paris, en lui offrant les fonctions de secrétaire d Etat et en lui faisant entrevoir, dans une perspective prochaine, la charge de chancelier, était Ant. Favre.

Il était né en 1537, dans la Bresse, qui appartenait alors au duc de Savoie. Après avoir fait à Paris ses humanités et à Turin son droit, il passa le reste de sa vie en Savoie où, de dignité en dignité, il s'éleva jusqu'à la première, celle de président du Sénat. Ce n'était pas seulement un savant jurisconsulte, auteur du Codex fabrianus deflnitionum (1610, Lyon). Il a publié en français Le bien public paj' le fait de la justice, et en outre trois centuries de sonnets et une tragédie : Les Gordiens et les Maximins ou l'A/fibition. Quand il mourut à Chambéry, en 1624, il laissait plusieurs fils, dont l'un est célèbre sous le nom de Vaugelas. Nous y viendrons tout à l'heure.

On voudrait savoir dans quelles limites était vraie à cette époque l'assertion que les Savoyards appliquaient au langage le souci d'élégance dont certains ont parlé '. Strowski a remarqué ", et le fait est singulièrement significatif, qu'à part quelques italianismes et quelques provincialismes, la langue des Controverses de François de Sales est pure et soignée, et il s'est demandé avec raison si l'auteur n'a pas poussé à ce point le souci de la correction, pour répondre aux exigences des « barbares de Thonon », comme les appelle Favre. En effet, le patois ne laisse pas de s'introduire souvent, sous la forme de provincialismes, dans les écrits d'auteurs de second ou de troisième ordre, ainsi chez ce Jean Menenc, correspondant de saint François de Sales, qui fut régent aux Collèges de Thônes, de Cluses, de Rumilly. Le Dialogue du Planan et du Montaignard qui desbattent de leur prééminence ^, et la Sauvegarde pour les disciples de Jean Menenc, moderne régent à Cluses, et autres à qui /?/aim *, peuvent être pris comme types du français commun écrit en Savoie au début du xvii^ siècle. Les savoyardismes y abondent, tours, mots et locutions, que Vaugelas, pour les avoir trop entendus peut-être, devait condamner « en termes décisifs » ^.

1. « Le Savoyard a le sens de J'harmonie et de l'élégance du langage; beau-diseur, conteur ingénieux et fin, il aime le style fleuri, la pompe du discours, les grâces académiques, l'enluminure ». Celte phrase de R. Rey est reproduite par Semmig, Kultur und Litteraturgsechichte dcr franzosischen Schweiz und Savoren, p. o7 (Zurich, ■188-2).

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