‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 299 sur 595 · Lyon · texte numérisé non relu

Lyon

5. Sur l'usage du français employé correctement par le peuple, et non plus seulement par les lettrés savoyards, voir P. J. Nou^aret, Beautés de l'Hisl. de la Savoie. Paris, 1818, p. 37. Passage extrait de Veysse, Descript. routière et géogr. de l'Empire Français,

En tous cas, un fait est à noter. Le président Favre est, avec saint François de Sales, un des fondateurs de V Académie florimontane, à Annecy, en 1606, dont le but principal était de faire produire à notre langue et à notre littérature de nouvelles fleurs et des fruits éternels : « Flores fructusque perennes » '.

S'il s'agissait de considérer les personnages de tout ordre que fournit alors la Savoie à la France, il faudrait s'arrêter à plusieurs. Outre ce Claude de Seyssel, dont nous parlions tout à l'heure, il faudrait ajouter l'ami de Ronsard, Delbène, abbé de Haute-Combe, qui fut évêque d'Albi, et Pierre Fenoillet. Lui aussi, se laissa attirer par la grande patrie. D'abord curé d'une paroisse d'Annecy, il est en si belle renommée d'orateur français qu'on l'appelle à Paris pour prêcher le carême, en i60i. Henri IV l'entend et le nomme prédicateur de la Cour. Devenu bientôt après évêque de Montpellier, Fenoillet va prononcer maintes oraisons funèbres — notamment celle d'Henri IV lui-même — et avec tant de succès, que les historiens de l'éloquence religieuse le considèrent comme un des prédécesseurs les plus notables de Bossuet^. Mais nous sommes obligés de ne retenir ici que les hommes qui, restés dans leur pays natal, purent influer sur la francisation de la Savoie. On nous permettra de faire une exception en faveur de Vaugelas. Qui oserait écrire l'histoire du français en Corse sans prononcer le nom de Napoléon ?

Vaugelas. — Certes Vaugelas ne lui ressemble guère, et il n'est point entre eux de commune mesure. Mais in minimis i>oluisse sat est, et, dans les vétilles de grammaire, Vaugelas a voulu et a fait efl*ort.

Nous avons parlé ailleurs de son rôle, qui est grand. Est-ce tout à fait par occasion qu'il le prit ? Ne fut-ce qu'à Paris qu'il eut le H sentiment qu'il y avait un bon français ? Ou bien avait-il quitté ses montagnes déjà formé par un père scrupuleux? Il est bien certain que ce ne fut qu'à Paris qu'il précisa sa doctrine. Mais la sévérité avec laquelle il réprouve certaines fautes qui sont de son pays permet de présumer de son désir d'abolir en lui toute trace des péchés originels. En ce cas la Savoie et le milieu du P' Favre lui auraient >

tout au moins donné le goût et le besoin d'aider les provinciaux à fl^ gratter la rouille de leurs langages ^ Sa naissance n'explique pas ■

son œuvre ; elle peut être cause qu'il en a eu l'idée.

1. L'Histoire de l'Académie florimontane a clé faite de façon irréprochable par Gaston Lclonnclicr, Notice sur l'Aca<léinie florimontane. Annecy, 191.T, g*" in-S".

2. Sayous, Histoire de la Littérature française à rEtranyer, xvii* siècle, t. I, pp. l\i cl suiv.

3. Voir rinlrodiiction, pleine de renseignements inédits et précieux, que M"*^ J. Streicher vient de mettre en tète de sa réimpression des Remarques (Paris, 1934, Soc. des T. fr. Mod.).

LE XVir SIÈCLE. SAVOYARDS ILLUSTRES 391

Il est inutile de poursuivre. A la date où nous sommes parvenus, la Savoie est française de lanf^iie'. Quand Casanova — qu'on nous excuse de citer ce nom après d'autres si purs — vient passer quelques jours h Aix, il s'étonne d'entendre la société où il se trouve parler français avec perfection, et il interroge : Ces messieurs sont-ils donc des Français ? — « Ils sont tous Piémontais ou Savoyards ; je suis le seul Français ici », lui répond un Lorrain ^.

A la « Brigade de Savoie » (1660-1860), le français fut toujours la lansfue usuelle. Les commandements seuls se faisaient en italien. Deux cris de guerre étaient poussés en patois. Ce n'était là sans doute qu'une petite troupe. Elle compta tout de même comme centre français ^ Les princes de Savoie ont souvent combattu la France, mais — c'est le dernier souvenir que je veuille rappeler — n'est-ce pas parce que l'adversaire que Villars avait vaincu à Denain était l'un d'eux qu'il se décida si vite à conclure la paix en français, en dérogeant à tous les usages de l'Empire ?

Survivances du latin et du patois. — Quand on parle de la naturalisation du français en Savoie, il faut entendre ce mot de naturalisation comme on l'entendrait s'il s'agissait de la Bourgogne ou du Dauphlné. D'abord la Savoie, française comme les autres provinces, comme Paris même, n'échappa que lentement au latin. Au xvi"' siècle, l'histoire, l'éloquence n'eussent pas plus daigné s'exprimer en français qu'en patois \ Gohorry, Paul-Emile, De Thou, sans parler des Italiens, faisaient école ".

La poésie latine continue longtemps aussi à étaler ses grâces décrépites''. Les écoles restèrent fidèles à la tradition et l'entretinrent ^

t. Dans ses lettres, François de Sales recommande, quand on a cité quelque passage en lalin, de le « dire en françois avec efficace », t. II, p. 'à^'i (éd. de la Visitation).

Page 1