‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 301 sur 595 · Muls et coutumes de Savoie, Annecy, 1930, p · texte numérisé non relu

Muls et coutumes de Savoie, Annecy, 1930, p

2. C'est ainsi que Désormaux traduit le dernier mot. Il me semble que pour garder au calembour tout son sel, il faudrait plutôt penser à un verbe signifiant aplatir, briser, parent des vieux mots français esquater, esquatir, (briser, démembrer).

3. Son ami Lenieps s'était amusé un jour à employer, dans une lettre, le patois de Genève, qui était à peu près celui de la Savoie ; et Rousseau lui répond :

« Il faut, cher Lenieps, vous avouer sans détour mon ignorance : je ne suis pas plus habile en savoyard qu'en latin ; j'entends l'un et l'autre sans pouvoir les parler. Je vous ai lu, quoi que vous en puissiez croire; mais je ne saurais vous répondre, au moins à votre patois. Car pour votre cœur qui m'aime, soyez sur que je lui réponds bien ».

Ça et là, dans la correspondance de Rousseau, on peut glaner quelques mots de patois. 11 termine un billet à son ami et compatriote Coindct (janvier 1761) en lui disant: A desando (à samedi) ; et dans une lettre qu'il envoie aux Gharmcttes à M""' de Warens : « ...les enfers, où les mettrons-nous? Placez-les en ville ; car pour ici, ne vous déplaise, n'en voli pas gès » (3 mars 1739) (Ritter, Famille et jeunesse de J.-J. /?., dans Annales de la Soc. J.-J. /?.. XVI, p. 191). Voir Désormaux, J.-J. Rouss. et le Pat. Sav., liev. savoisienne, 1923.

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appelait la « loi de répartition », fait connu et qui n'est pas spécial à la Savoie.

Dans certaines œuvres, ordinairement mais non toujours satiriques, le paysan savoyard est mis en scène et s'entretient avec un bourgeois ou un prêtre. Ceux-ci parlent français. Le paysan seul use du patois. Tel est le cas pour une facétie de lo9o, intitulée : « Joyeuse farce à trois personnages d'un Curia qui trompa par finesse la femme d'un laboureur. Le tout mis en rilhme savoyarde, sauf le langage du dit Curia, lequel en parlant audit laboureur, escorchoit le langage françois, et c'est une chose fort récréative ». De même dans le « Dialogue entre un propriétaire et son fermier », inséré par le comte de Loche dans son Histoire d'Aijc- les- Bains \ On peut citer encore comme autres exemples une composition du chansonnier Georges Bernard" et une autre intitulée : « Dialogue du Bourgeois et du paysan, dans lequel chacun parle son langage », par Charles Collombat, aveugle de naissance^.

Assurément cette prééminence du français n'allait pas sans protestations. On raillait cet étalage de savoir et ces prétentions à la distinction. Dans la vallée de Thônes, un dicton courait :

Pare, mare, prou d'pan ;

Père, mère crêvan d'fan^;

ce qui veut dire : ceux qui parlent patois ont assez de pain ; ceux qui parlent français crèvent de faim. Jadis adressé aux enfants pauvres qui apprenaient le français "^j ce proverbe lointain s'est du reste perpétué et on en retrouve encore l'écho affaibli dans quelques localités sous cette forme : l'enfant sait assez bien parler français pour labourer".

Conclusion. — Il ne vaut pas la peine de poursuivre. Au xviii" siècle, l'émigration, le plus souvent temporaire, amène en France des enfants et des adultes. Les ramoneurs, les montreurs de marmottes, les colporteurs ont été célèbres \ Si certains parlaient entre

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