‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 302 sur 595 · Tome I, p · texte numérisé non relu

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2. L'encrouo d' San-Fargue , dialogue mi-partie en français et en patois chablaisien.

3. Désormaux, Bibliographie mélhodique, n" 4117. jNotons à ce sujet la différence de traitement entre les animaux « nobles a et ceux qui sont considérés comme inférieurs. En beaucoup de localités, le paysan, pour s'adresser aux premiers, emploie le français, réservant aux autres le patois.

4. Voir A. Constantin et J. Désormaux, Dictionnaire Savoyard, v" pare, et à propos de ce dicton, dans les articles de J. Désormaux, La loi dite de répartition, Reuue Sav., 1921, et Notes de sémantique valdôtaine, dans Amjusta Prœloria, lll (1921), p. 282.

5. Cf. un jugement analogue rapporté dans Abbé Trosset, Monoqraphie de Fessy et Luliy, p. 192, Mém. Acad. Salésienne, XLI (1921).

6. La question du bilinguisme en Savoie est exposée dans Désormaux, Mots et coutumes sav.. IV" sér., 1933, ch. 7 et 8.

7. Voir M. Meyer, La protection des petits Savoyards à Paris en 1755 (J\lém. de la

eux un argot professionnel', c'était quand ils étaient en bande.

Mais l'enfant ou l'adulte n'en entraient pas moins forcément en contact avec le français, et ainsi revenaient bilingues dans le pays. Si la majorité d'entre eux était composée d'hommes d'une condition qui favorisait peu la transmission de leur langage, pareilles relations avec la France n'en avaient pas moins une action considérable. Plus haut dans l'échelle sociale, le français faisait aussi des progrès par d'autres voies. Il est vraisemblable qu'on l'enseignait dans certains collèges^; divers documents de l'époque révolutionnaire en font foi ^

Je ne voudrais pas oublier de dire un mot du théâtre français en Savoie. Désormaux a démontré récemment, à propos de la représentation du Mystère de Saint Bernard de Menthon, que ce n'était là que la reprise d'une tradition très ancienne^ de grands-pardons, célébrés en plein air à la fin du moyen âge. Au collège d'Annecy, il a été donné dès le premier tiers du xvii* siècle des représentations;

Soc. Sav. d'Hist. et d'Archéol., t. I, p. 64 (1927), p. 290). La rengaine du Petit Savoyard — postérieure ■ — est d'Alex. Guiraud.

1. De Savoie, nous connaissons, dit Dauzat, cinq argots: trois de maçons et tailleurs de pierre (professions jadis ambulantes et saisonnières), le mourmé de Samoëns (excellent vocabulaire recueilli par Th. Buffet, ancien marbrier, en 1900), le ménédùjne de Morzine et le terratsu de Tarcnlaise (abbé Pont, 4869), un de ramoneurs (région d'Annecy-Thônes) recueilli récemment par M. Désormaux (Revae de Philologie française, 1912, pp. 77 et suiv. Cf. Mélanges Savoisiens, VIII: « Le faria », argot des ramoneurs), enfin l'argot des colporteurs de Tignes (iNI™* Viguier, I9I3). Ces argots ont disparu à l'iieure actuelle, sauf celui des ramoneurs, qui toutefois se perd peu à peu : la plupart des jeunes l'ignorent. Toutes ces professions saisonnières sont rapidement tombées en décadence à la fin du xi\^ siècle: vers 1880, Samoëns comptait encore environ 2o0 tailleurs de pierre émigrant pour la saison : vingt ans après, il en restait à peine une douzaine.

Th. Buffet estime que le mourmé « se forma dès le début de l'émigration de nos travailleurs [savoyards] vers les chantiers de France ; donc nous pouvons lui assigner trois à quatre siècles d'existence ». En tout cas le vocabulaire du mourmé est celui qui, parmi ses congénères franco-provençaux, renferme le plus de termes d'origine obscure. Comme les autres argots de Savoie, il a subi une forte influence de l'argot français des malfaiteurs. Les emprunts au français forment, dans l'ensemble, une couche antérieure aux emprunts à l'italien (la langue de la Cour de Turin fut ordinairement le français jusqu'au début du xix"^ siècle). La déformation des finales a pris une assez grande extension, avec des suffixes analogues à ceux du jargon (p. ex. an/se = anclie, cf. noirantse, laine [noire]) (Les Argots, p. 38-39).

2. La question est cependant encore à éclaircir. En attendant voir dans la Bibliogr. de Désormaux le chapitre concernant l'enseignement.

3. Dans le département du Mont-Blanc ; il y avait plusieurs collèges, dans lesquels le français figurait comme matière d'enseignement, comme à Annecy, à S'-Joan-de- Maurlennc, etc — Annecy se glorifie d'avoir eu, dans son collège, une pépinière d'iiommes illustres, comme Bertholet qui y avait fait ses études. Ghambéry constate que rancicn collège « présentait des avantages pendant qu'il existait, mais le plan d'instruction avait besoin d'un changement, la création et l'établissement d'une Ecole Centrale a amplement compensé ces avantages perdus, son existence et son maintien sont chaque jour reconnu [sic] d'une utilité et d'une nécessité indispensable » (Réponses aux questions faites aux préfets, Arch. Nat., F^'IoI?'*, dossier 36). Cf. dans le carton XXVII, p. iOr>, des Arch. de la Sorbonne les renseignements sur les collèges d'Annecy et de Rumilly.

"4. Le Millénaire de S'-fîern. de Menth., p. 20.

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si en général les pièces étaient latines, d'autres, moins importantes peut-être, étaient françaises.

Dans les temps modernes, il est piquant de noter que l'introducteur du théâtre français fut un prince de la maison d'Espagne, français de famille, je le veux bien, mais qui commandait une armée espagnole, l'Infant Don Philippe '. Pour se distraire et distraire ses officiers, il appela en Savoie, où il était entré en 1742, une troupe française"". Si le théâtre qu'il avait fait construire cessa d'exister en 1749, on en rebâtit en 1775 un nouveau, dont les représentations ne cessèrent plus ^.

Un dernier fait, qui avait l'importance d'un événement, survint; c'est la découverte de la montagne, dont j'ai parlé dans un volume précédent^. Ceux qu'on appelle aujourd'hui des « touristes » commençaient à monter jusqu'à Chamonix et à aller chercher de nouvelles sensations dans les « glacières affreuses » de toute la région. Ce n'était pas encore l'invasion, c'était déjà une pénétration. La France venait à la Savoie.

Aussi, quand, après la défaite du « roi des marmottes », on apporta aux « Allobroges » la Marseillaise et la liberté française, les délégués, parmi lesquels des hommes et des femmes venus des plus sauvages endroits des montagnes, étaienl-ils prêts à comprendre. Ils tombèrent spontanément à genoux, dit-on. Le peuple suivait peutêtre un mouvement politique, mais ceux mêmes auxquels les idées nouvelles répugnaient, communiaient avec lui dans l'amour de la langue française. Joseph de Maistre, l'irréconciliable ennemi de la Révolution, en est un exemple. 11 savait l'italien, et en citait des mots et des phrases à l'occasion, mais jamais il ne le mit en comparaison avec le français. En 1817, le 15 novembre, il écrira à M. De Donald : Bulfon... a dit... que le style est tout l'homme. On pourrait dire aussi qu'une nation n'est qu'une langue. Voilà pourquoi la nature a naturalisé ma famille chez vous, en faisant entrer la langue française jusque dans la moelle de nos os. Savez-vous bien. Monsieur le vicomte, qu'en fait de préjugé sur ce point, je ne le céderais pas à vous-même. — Riez, si vous voulez; mais il ne me vient pas seulement en tête qu'on puisse être éloquent dans une autre langue autant qu'en française

1. Second fils de Philippe V, marié à la fille de Louis XV en 171^9.

'2. Voir de Sainl-Gcnis, Hist. de Savoie, t. III, pp. 54 et suiv., et Em. Plaisance, Hist. des SavoYen<:, Ghamb., 1910, liv. V, chap. 3, où on trouvera des détails sur l'occupalion espagnole.

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