‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 304 sur 595 · A^. H. {Norges Historié), t. IP, p · texte numérisé non relu

A^. H. {Norges Historié), t. IP, p

plusieurs milliers d'hommes. Chemin faisant, il passa un hiver dans l'Anoleterre « normande », où régnait Henri Beau-Clerc, un été sur les côtes de France, un hiver en Galice, où il aida le comte de Portugal, Henri de Bourgogne, à reprendre Cintra (ou Ceuta) aux Maures et à assiéger Lisbonne, plusieurs jours du côté des Baléares, qu'il conquit et donna au comte de Montpellier, quelque temps enfin en Sicile ou en Italie auprès du Normand Roger (sans doute Roger Bursa, fils de Robert Guiscard). Arrivé dans le royaume « français » de Jérusalem, il y resta plusieurs mois dans la compagnie du roi Baudouin, fit avec lui un voyage au Jourdain et l'aida à s'emparer de Sidon. Quelle langue pouvait-il bien parler avec ses divers hôtes, les deux Henri, Roger et Baudouin ? le latin sans doute, peut-être aussi le français.

Mais d'autres relations s'étaient nouées déjà. Louis le Débonnaire avait envoyé en Danemark l'archevêque de Reims, Ebbo, et en 826 le roi Harald fut baptisé. Ce fut le point de départ d'une mission ; un moine de l'abbaye de Corbie, Anscliaire (ou Ansgar), après avoir fondé en Saxe le monastère de Nouvelle Corbie (Neu-Corvey), se fit l'apôtre du pays. Toutefois c'est seulement une centaine d'années plus tard que les rois de Danemark furent chrétiens (environ 960)'.

On trouvera dans l'ouvrage de Verrier^ la liste des établissements que fondèrent nos moines prémontrés et cisterciens. Dans presque tous les couvents du Nord, on était alors en rapports suivis avec la France. Saint Bernard y fut célèbre. En 11S2 l'archevêque de Lund, Eskil[d], vint en France pour le voir, et ramena en Danemark d'autres religieux. Eskil[dj finit même par se retirer à Clairvaux (1177), où il mourut quatre ans plus tard. Son successeur Absalon, qui joua un grand rôle politique, avait fait ses études à Paris. L'influence de ce séjour sur lui fut profonde. Quand il s'agit de réformer les couvents, c'est à un chanoine de Sainte-Geneviève, Guillaume, qu'il fit appel, et celui-ci, devenu abbé d'^Ebelholt, y fit construire une église dédiée à saint Thomas du Paraclet. H ne quitta jamais plus le Danemark que pour accompagner la princesse Ingeborg en France (1193) et pour aller plaider auprès du pape et de Philippe-Auguste (1195) la cause de la malheureuse reine.

Guillaume ne cessa jamais d'être en correspondance avec ses frères de France, auxquels il envoyait des présents, introduisant dans le pays certaines de nos cultures. C'est grâce aux relations de Guillaume, abbé de Sainte-Geneviève, puis évêque de Tournai, que la cathédrale de cette ville servit de modèle à la cathédrale de

i. Delavaud, Fr. d. le N., p. 35. Cf. Verrier, Le Versfr., t. III, n. 36. 2. Le Versfr., t. III, p. 37. -^ ' i

Roskilde. D'autres églises danoises sont inspirées des nôtres, celles par exemple, de Ribe (en partie), de L(igunikloster et de Soro.

Mais, si les relations religieuses et monastiques contribuèrent à répandre notre art, on ne saurait en conclure qu'elles faisaient connaître notre langue. Dans le monde oîi elles se nouaient, on parlait latin'. Je ferai la même observation — avec quelques réserves pourtant — en ce qui concerne l'arrivée de nombreux étudiants danois et norvégiens à Paris au xii* et au xiii*^ siècle". Le collège danois, fondé par un chanoine de Roskilde, Pierre Arnfast, à la fin du xiii*^ siècle, était latin, comme les autres ^ 11 se peut cependant que quelques-uns de ses élèves se soient peu ou prou frottés de français. — Le texte d'Arnold de Lubeck dit « imbuti». Sur ce point je renverrai à un livre que j'ai cité p. 398 et qui donne sur les rapports de toutes sortes entre la France et le monde germanique des renseignements abondants, soigneusement critiqués. C'est l'ouvrage de P. Verrier, Le Vers français^. Sur le sujet qui nous occupe ici, il dit : C'est une tradition qu'au Quartier Latin on ne parlait que latin. Sans doute, les cours ne se donnaient qu'en latin et ne portaient pas sur d'autre littérature que la latine. Sans doute, à en juger par les statuts du Collegiuni Upsaliense, les hôtes des Collèges, sous peine de payer une obole à partir de la troisième contravention, avaient à parler latin dans la maison même, sauf avec les domestiques et les visiteurs. Mais au dehors ? Souvent, au moins dans les hospitia, ils n'étaient que logés. Et ceux qui habitaient et prenaient leurs repas en ville, c'est-à-dire presque tous au début et un grand nombre par la suite? Ils trouvaient à coup sûr maintes occasions de

\. Sclnvanenflûgel, Le Danemark, p. to3.

2. Parmi les Norvégiens et les Islandais qui ont étudié à Paris, nous trouvons les premiers noms de l'époque : l'Islandais Sœmundr Frode (le Savant), le premier, à notre connaissance, qui ait écrit une histoire norvégienne (en latin), qui avait étudié à Paris vers tOTo; cent ans plus tard, Eirik (qui fut ensuite archevêque de Tronhjem).

Un Français, Rikini, est chargé en 1107, d'enseigner la musique et la métrique, le chant et la versification à l'école de Holar en Islande.

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