‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 305 sur 595 · Delavaud, Fr. d. le N., p · texte numérisé non relu

Delavaud, Fr. d. le N., p

Le Collegium dacicum fut d'abord situé du côté de la rue des Anglais, puis du côté de la rue Basse-des-Garmes, et enfin rue Galandc.

■4. Voir t. III. Adaptations germaniques. Diverses notes ajoutent des précisions savoureuses, concernant la vie de taverne et les relations féminines des étudiants, même clercs, ainsi, n. 114. Citons, au xiii^ siècle, Pierre de Danemark, appelé par un camarade « bon confrère en beuverie de la ville de Paris (bonus compotista in villa Parisiensi) et surnommé Philomena, c.-à-d., je présume, « ami de la Lune », taverne de la rue des Anglais, que fréquentaient volontiers les Scandinaves : il fut chanoine de Roskilde, le Saint-Denis danois, et il a écrit des traités de calcul et d'astronomie estimés partout en Europe... Dans certains documents ... nous voyons des étudiants étrangers entrer en conversation avec d'autres clients des tavernes, se disputer avec eux, etc.. certainement pas en latin.

On buvait, on chantait, on dansait aussi beaucoup, pas entre garçons. La Carole a fait le tour du monde connu, et c'était une leçon de français en même temps que de danse et de musique.

parler français. Occasions recherchées, s'ils avaient reçu ou appliquaient d'eux-mêmes une recommandation qui figure dans un très intéressant manuel d'éducation, le Spéculum regale, rédigé en norvégien vers 12i0 : « Et si tu veux être parfait en science, apprends toutes les langues, mais avant tout le latin et le français (le texte emploie le mot valska = welche), car ce sont les plus répandues ». « Les plus répandues » ! le conseil porte en soi, dans cette explication, la preuve qu'il était suivi longtemps avant d'être donné dans ce livre dogmatique.

Au reste, nous avons un témoignage formel : celui d'Arnold, premier abbé du monastère de Saint-Jean à Lubeck (1177-1209), dans sa Chronique des Slaves{écr\\e entre 1200 et 1209): Les Danois, ditil, ont fait beaucoup de progrès dans les connaissances littéraires, parce que les bonnes familles envoient leurs fils à Paris, non seulement pour s'y former comme ecclésiastiques, mais également pour s'instruire dans les choses du siècle. Versés par suite dans la littérature comme dans la langue du pays, ils sont devenus très forts en lettres et en sciences, aussi bien qu'en théologie'.

Les marchands, qui venaient acheter et vendre en France — surtout des fourrures — et en rapporter des objets de mode — déjà ! parlaient peut-être latin aussi. Cependant il leur arrivait, non dans la légende, mais en toute réalité, d'épouser des Françaises, qui n'oubliaient ni leur pays, ni leur famille, ni leur langage'. Sans aller à cette extrémité, ils avaient besoin, pour leurs échanges, de savoir tant bien que mal s'exprimer en français, tout au moins devaient-ils apprendre les noms des vêtements qu'ils rapportaient.

Entre souverains. — Au temps des Croisades, de nombreux contacts devaient se produire et se produisirent en effet entre les pays du Nord et les rois et seigneurs de France. Les escadres qui cinglaient vers la Terre-Sainte faisaient escale dans nos ports.

11 ne peut être traité ici longuement ni des alliances politiques, ni des mariages princiers. Rappelons d'un mot le mariage de Philippe- Auguste avec Ingeborg de Danemark, fille de Valderaar le Grand, que l'évêque de Noyon alla chercher ; la répudiation de la reine, puis son rétablissement dans ses droits \

Louis IX eût voulu associer étroitement les hardis marins du

\. Voir Verrier, o. c, t. III, p. -i^l-iH. Cf. Slrindberg, Fr. Suéde, pp. 21-i4.

-2. Delavautl, Fr. d. le N., p. 81.

3. Ingeborg rcsla en France, où elle mourut en 1^37. Son psautier, orné de miniatures précieuses, œuvres d'un artiste français, est un des trésors du Musée Condé, à Chantilly (Delavaud, i6.,p. 35).

Nord à SCS expéditions d'outre-mer'. Le fils de saint Louis, Philippe III le Hardi (i270-i28o), était dans les mêmes dispositions. II envoya au roi norvégien Magnus Lagaboler (1263-80) une épine de la couronne d'épines ; celui-ci la fit mettre dans l'église des Apôtres à Bergen, construite à cette intention sur le modèle de la Sainte- Chapelle-. En 1281 , le roi norvégien Eirik épousa une princesse écossaise qui .lui apprit le français et l'anglais et introduisit à la Cour des mœurs étrangères ^ En automne 1294, la guerre éclate entre la France et l'Angleterre. La Norvège, comme l'Ecosse, s'allie à la France. Philippe IV avait envoyé, au printemps 1295, des agents diplomatiques en Norvège, et en été le roi Eirik donna à Audun Heslakorn une mission en France. Depuis l'époque de saint Louis on vantait beaucoup la flotte norvégienne, et Audun se présenta à Paris comme l'envoyé d'une grande puissance. Le 22 octobre 1295, il concluait un traité fantaisiste, promettant d'aider le roi de France avec 200 galères, 100 grands vaisseaux et 50 000 guerriers choisis, à condition de recevoir en retour 30 000 livres sterling. Audun reçut immédiatement une forte somme d'argent, et un mariage politique fut projeté. Mais la guerre cessa bientôt, et il ne fut plus question de l'aide de la Norvège — qu'elle n'aurait jamais pu fournir — ni du mariage^. Tous ces faits et d'autres analogues n'ont pas été absolument sans influence sur Ihistoire qui nous occupe. Il ne pouvait pourtant rien en résulter d'important.

Notre littérature dans le Nord. — J'en dirais volontiers autant de la diffusion de nos productions littéraires dans les pays du Nord. Notre épopée y entra triomphalement, mais v entra en traductions. C'est une chose flatteuse pour notre amour-propre guerrier ou littéraire que nos héros et leur geste aient été portés par delà la Mer du Nord. Dès le xiii" siècle, plusieurs de nos épopées furent traduites en norvégien. Elles eurent dans toutes ces régions une vogue immense. C'est probablement sur l'ordre de Hûkon Hâkonsson (1217-1263) et ensuite de Hâkon Magnusson (1299-1319) que fut composée,

l. Il envoya à llâkon IV (t^lT-l'îGS) un ambassadeur: Mathieu de Paris, qui fut reçu en 1248 à Bergen, dans le palais qui subsiste encore. Le roi de Franco aurait voulu obtenir que la flolle norvégienne se joignît à la sienne au moment où il allait partir en croisade et il eût donné au roi Hâkon le commandement supérieur de celte armée navale. Saint Louis concéda aussi aux Norvégiens le droit de relâcher dans nos ports et donna des ordres pour qu'ils y fussent reçus avec honneur (Delavaud, o. c,

1. L'archevêque Evslcin lit commencer la cathédrale de Trondlijem, la plus belle cathédrale gothique de Scandinavie. Ce n'est pas seulement comme constructeur, mais comme homme politique, qu'il a subi l'influence de la France (A^ H., t. H-, p. 94).

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