‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 324 sur 595 · Gustave III lui fit faire un tombeau digce de lui · texte numérisé non relu

Gustave III lui fit faire un tombeau digce de lui

7. En même temps des savants suédois se faisaient remarquer dans les cercles éru-

Néanmoins l'influence de l'esprit français restait précaire. On le vit bien, quand, à la suite des manœuvres du ministre espagnol Pimentelli, le vent tourna. Les Français — Bourdelot lui-même — furent forcés de repartir. Ils laissèrent derrière eux un pamphlet injurieux : Les Adieux des Français '.

Cependant la Suède pensante avait reçu de Descartes une impulsion qui détermina les meilleurs esprits à suivre des voies nouvelles"", et aucune menace de répression du clergé ne put arrêter les Stenius, les Rudbeck, les Bilberg, les Hoffwenius^ Georg Stiernhielm, le père de la poésie nationale, dont les modèles étaient Malherbe et Boileau, fut opiniâtrement cartésien. Le courant dura jusqu'au jour où une nouvelle philosophie vint de France avec les Encyclopédistes.

La Suède noble reçut de notre vie élégante un choc aussi décisif. On vit peu de jeunes nobles aux Universités, mais il y en eut plus que jamais à Angers et à Saumur, aux écoles d'équitation. Ils y apprenaient la voltige et le saut d'obstacles, et aussi le français. C'est en français et en latin que Lilliecrona y rédige son journal *^.

Dans le deuxième tiers du xvii" siècle, les jeunes nobles suédois commencèrent aussi à revenir en grand nombre faire des études à Paris; parmi eux beaucoup devaient s'illustrer dans leur pays. Le futur roi de Suède, Charles-Gustave, suivit avec application, de i 636 à 1640, les cours de l'Académie de M. de Vaux, puis de l'Académie Benjamin de Hanningues. 11 se créa de nombreux amis parmi les jeunes Français de la haute aristocratie^.

dits, à Paris, en particulier Hambraeus (Jonas), orientaliste, né à Bollnâs, en 4588. Professeur à l'Université de Paris, il collabora à l'édition française de la Bible syriennearabe, imprimée à Paris en 1633-45. Il mourut en 1671. Il avait été pasteur à l'Eglise suédoise à Paris (Strindberg, o. c, p. 157).

1. V Abandonnez donc promptement, disait-il, ces déserts et ces solitudes affreuses pour venir posséder une terre promise, qui a été donnée à vos pères et doit faire votre liéritagc, laissez aux Suédois leur slremeling (strOmminy, petit hareng de la Baltique) et leur cakelrut (kakahrod, ou kmckebrôd, pain de seigle sec et dur) » (Strindberg, 0. c, p. 142).

2. Les professeurs de médecine, de sciences et de lettres d'Upsala et de Lund ne tardèrent pas être gagnés à la doctrine nouvelle.

3. Le célèbre artiste français Sébastien Leclerc, qui combattit en 1679 quelques-uns des principes de Descartes, dans son Traité de perspective, fut le principal auxiliaire du comte de Dahlberg, auteur de Suecia antique et liodicrna, publiée en 1716 (La Suède d'autrefois et d'aujourd'hui). Il était contemporain et rival de Vauban et de Gohorn (Geffroy, Gust. III, t. I, p. 63-64).

4. Il est étrange, et à mes yeux assez peii explicable, que des Suédois, tels Rubenius et Bergius, soient attachés comme mentors ou précepteurs à de jeunes nobles français.

5. Le Suédois Bjôrnstahl accompagne à Paris le baron de Rudbeck et y demeure de longues années (Joret, Villois., p. D). Dans le Journal de O. Lcfèvre d'Ormesson, à la date du 11 sept. 1646, on lit : « Visite à la Cour du Comte de La Garde (de la Gardie), fils du maréchal des armes de Suède, et petit-fils d'un gentilhomme Languedocien qui

L'étude de la langue. — Comme il était naturel, une fois qu'on en fut à ce point, le désir d'apprendre notre langue se généralisa. Une première grammaire, par André de Claux, parut à Upsala en 1646; une autre par Pourel de Hatrize, à Stockholm, en 1650'. Une autre suivit bientôt^, en attendant les adaptations de l'ouvrage de Des Pepliers (1742). Les diplomates donnaient l'exemple. La façon dont ils maniaient le français a frappé plusieurs contemporains, ainsi l'abbé de Choisy. Il nous dit dans ses Mémoires, en parlant du comte Tott, ambassadeur à Paris en 1661 : « C'était un homme... parlant mieux francois que pas un courtisan ; et c'est une remarque qu'on a faite que de tous les Etrangers, les Suédois sont les plus ressemblans aux François, ont les manières les plus aisées et gardent moins l'accent de leur pays » ^ La Relation des Ambassadeurs rapporte aussi de son côté : « Ces Messieurs Suédois... ayant tous trois abordé M. l'ambassadeur (l'Anglais de Carlisle), lui firent la révérence et l'un deux le complimenta en francois d'une manière tout à fait civile » ^.

« Tous les cavaliers suédois, dit Regnard, se font une gloire particulière de bien parler notre langue : le comte de Stembok, grand maréchal du royaume, le ristrosse ou vice-roi, comte de la Gardie, le grand trésorier Steint-Bielke, le comte Cunismar (Kônigsmarck), tous ces gens-là parlent aussi bien francois que des François mêmes »\

Une des étoiles de la Cour de Charles XI, Aurora von Kônigsmarck, écrivait notre langue avec autant d'élégance et d'esprit que de relief et de couleur. Elle était de celles qui en 1684 jouèrent VIphigénie de Racine.

L'engouement allait assez loin pour que des techniciens et même des hommes de lettres se missent à publier en français : On dit que Wivallius(7 1669), le Villon suédois, aurait composé une « Chanson nouvelle en rejouissance du mariage du baron d'Oxenstierna » (1643)^. Mais il ne l'a pas publiée. Runius, si goûté de ses contemporains, qui combattait cependant l'influence française, se servit à

était allé s'établir en Suède, il parle bien francois » (t. I, p. 363). Cf. une lettre de M. de Feuquières, aaibassadeur à Stockholm, 16 juillet 1681 : « Il vient ici un autre ministre de ^I. de Gottorp. C'est un Français, nommé Du Gros, marié en Angleterre et moine renié « (Arch. Aff. Étrang.).

1. La première ne figure pas dans le Catalogue de Stengel, la deuxième y est mentionnée sous le n° 97.

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