‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 325 sur 595 · Voy. (le Sueile, OEuv.. t. I, p · texte numérisé non relu

Voy. (le Sueile, OEuv.. t. I, p

6. Voir H. Schûck, Vl'iDoZZ/us..., t. II, p. 2. Nous ne connaissons que le titre et le nom de l'auteur, et seulement par le témoignage de Stiernman (^Bibl. Sviog,, t. II, p. 465).

l'occasion du français'. Joh. Kruns, auteur des Pensées morales de Marc-Antonin (1659), faisait de même.

Le Refuge. — Des gentilshommes protestants d'origine française avaient eu un rôle marqué en Suède au xvi" siècle, particulièrement Denis Bouré (ou Burrey, Dionysius Beurreus), Sorboniste converti, qui avait élevé les fils de Gustave Wasa. L'un d'eux, Erik XIV, avait fait de Charles de Mornay un maréchal du Royaume et un ambassadeur en France. Le français se conservait dans ces famille?, nous en avons divers témoignages.

Cependant, après la Révocation, les Réformés ne paraissent pas avoir pris la même place qu'ailleurs. Bergius (7 1706), pasteur du troupeau de Stockholm", qui donna une Oraison funèbre d'Ulrika Eleonora (169i) et des Cantiques (1701), était Suédois. Ses ouailles semblent avoir été d'humbles gens. La plupart des Réfugiés ont travaillé dans les mines et l'industrie des forges, apportant des éléments français dans le langage technique spécial^ mais rien à peu près à la langue de la bonne société*.

Point d'arrivée. — En réunissant quelques renseignements fournis par les lettres de nos agents diplomatiques et d'autre part par un voyageur célèbre, le poète Regnard, on arrive à avoir quelque idée de la situation de notre langue dans les divers milieux à la fin du xvn* siècle. « Le roi (il s'agit ici de Charles XI), dit M. de Feuquières, fait quelquefois mine de vouloir me parler d'affaire et d'en être empêché, faute d'interprète ; et cela se passe toujours avec un

1. Voici, comme cclianlillon de son savoir-faire une « Enigme pour Messieurs les Français » :

Je suis fille du Ciel, el mère de l'Amour;

Tout le monde s'empresse à me faire la Cour ;

Je blesse sans loucher ; je brûle sans dclruire ;

Quand j'éblouis les yeux, c'est toujours sans leur nuire.

Je dis, sans dire mot, beaucoup aux jeunes gens.

J'ai deux grands ennemis, la vérole et le temps ;

Même en hiver on voil autour de moi des mouches.

On dit que le safran est ma pierre de touche ;

On fait souvent pour moi de grandes actions ;

Je suis aux faibles cœurs la plus douce poison ;

Mais pour que trop avant je n'y pense et pénètre

On n'a qu'à bien garder et fermer les fenêtres.

2. Ce n'est qu'en 1743 qu'il y eut une Église française à Stockholm.

3. Les familles huguenotes émigrccs en Suède ont enrichi la terminologie métallurgique de mots français et l'argot des forgerons en est émaillé, ... des voyageurs, visitant les mines d'Upland, ont constaté dans leurs récits que les enfants des ouvriers parlent souvent français (Strindberg, 0. c, p. 409).

Plusieurs familles furent cependant anoblies (Id., ih., pp. 207 el suiv.).

4. Id., 16., pp. 109 et suiv. C'est au cours du xviii"^ siècle que se marquera l'influence d'un F. C. d'Artis (-{- 1748), cl d'un Jean Pierre Catteau Callevillc.

petit mot dont le premier venu peut être le confident »'. Parmi les ministres, quelques-uns savaient très bien le français, quoique d'ailleurs ils n'aimassent guère la France. On lit dans la lettre citée plus haut" : « Je rencontre souvent Oxenstiern et nous parlons beaucoup ... Pour ce qui est de Ornestedt et d'Hoghusen, on ne les rencontre nulle part, et il y a bien trois mois qu'ils n'ont mis le pied chez moi, s'excusant toujours sur leurs occupations. Il n'y a que ceux-là avec qui je peux conférer utilement... ». Nous savons par diverses lettres de même date combien il était difficile à notre représentant de remplir sa mission. Toutefois ses plaintes sont suspectes, on va voir pourquoi. Le 2 juillet 1681, il écrivait: « J'eus un simple entretien avec le roi de Suède, et le comte Jean Stenbock. était interprète^; si j'en avois toujours un aussi commode, je ne regretterois point la langue allemande.,. » ^. Le 30 juillet il revient au même sujet : « la situation est difficile pour qui n'a pas la langue... Ce que je trouve de fâcheux pour votre service est que Axel Wachtmeister a repris le dessus dans la confiance du roi de Suède, et que ce prince est continuellement obsédé par six hommes hautement déchaînés contre la France... Ces gens-là ne suivent que leur passion, et s'ils continuent à exclure comme ils font, tous les autres, assurément j'aurai beaucoup plus de peine que jamais à bien servir Votre Majesté, et mon successeur sera fort à plaindre s'il n'a pas la langue, qui sera le seul moyen avec lequel il pourra les contrecarrer ; mais aussi ai>ec la langue, se trouvant en estime de brave homme et plus capable qu'eux de parler de guerre... il ne lui sera pas trop difficile de gagner l'esprit de ce prince pour le porter aux actions que V. M. désirera de lui... ».

Or dans les lignes qui précèdent, il n'est pas question, comme on pourrait le croire, de la langue suédoise. En se reportant à la lettre du 2 juillet, on voit que « la langue », c'est l'allemand. Est-ce que toutes ces insinuations n'auraient pas eu pour but de pousser un fils à papa : François de Rébenac Feuquières? Ce fils, alors ministre de France à Berlin, ne savait pas le suédois, mais possédait si bien l'allemand qu'ayant été un jour arrêté par des soldats, il avait pu

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