Let. à Louis XIV (Ârch. Âff. Étrang., 8 oct
2. On voit par la suite de la lettre que Feuquières conférait avec lui au moins une fois par semaine. Si les discours d'Oxensticrna furent tels que les rapporte Feuquières dans ses lettres, ce chancelier s'exprimait en français avec autant de précision et de finesse qu'il pouvait le faire dans sa langue maternelle.
3. Stenbock, grand maréchal du royaume, est un de ceux que nomme Regnard comme « parlant français, aussi bien que des Français mêmes » (voir p. 431).
4. Ârch. AIT. Etrang., Lett. à Louis XIV. Dans d'autres circonstances il employait les services de M. do la Piquetière, qui, fixé depuis longtemps à Stockholm, parlait suédois.
Histoire de la lainjus française. VIII. 28
se faire passer pour un de leurs ofTiciers. On faisait donc sentir au Roi de France combien il serait avantageux pour son représentant d'af^oii' la langue.
Il n'en est pas moins curieux de constater que Charles XI, qui abandonna l'alliance française pour s'unir aux Impériaux, savait l'allemand, mais pas le français, ou du moins qu'il ne le parlait que fort mal\ Le témoignage de M. de Feuquières est confirmé sur ce point par Regnard, qui écrit dans ses Voyages: «... L'on fit, pendant notre séjour,... de grandes réjouissances pour la naissance d'une princesse. Nous fûmes présents à la cérémonie de son baptême. Il y eut table ouverte, et le roi, pour marquer sa joie, entreprit de soûler toute la cour, et se fit lui-même plus gaillard qu'à l'ordinaire. Il les excitoit lui-même, en leur disant : « qu'un cavalier n'étoit pas brave, lorsqu'il ne suivoit pas son roi ». Il parloit le peu de françois qu'il savoit à tout le monde ; et je remarquai que c'étoitle seul de sa cour qui le parloit le moins » ".
Ce n'est pas du reste le seul renseignement que nous ayons. Regnard nous a fourni des notes qui permettent de se demander s'il y avait à Upsala un enseignement sérieux de français, et qui nous montrent quels en étaient les résultats. L'étude de notre langue y était facultative et n'aboutissait pas à grand'chose. Si le prêtre chez qui Regnard fut hébergé à Jukkasjiirvi avait su quelques mots de français, nous en aurions un écho dans la relation du voyageur. Or il n'en est rien : « Nous eûmes, dit-iP, une longue conversation avec le prêtre, lorsqu'il eut fini les deux sermons qu'il fit ce jour-là, l'un en finois et l'autre en lapon. Il parloit, heureusement pour nous, assez bon latin, et nous l'interrogeâmes sur toutes les choses que nous croyions qu'il pouvoit le mieux connaître ».
Aux funérailles du célèbre missionnaire Jean Tornaeus, qui eurent lieu à Torneâ dans les premiers jours de septembre 1681, Regnard nous dit* que les prêtres du pays étaient venus de cent lieues à la ronde. Or il semble bien que le poète et ses compagnons n'aient conversé qu'en latin avec tous ces anciens élèves d'Upsala^: « On n'eut pas plus tôt appris notre arrivée que le gendre du défunt travailla aussitôt à une harangue latine qu'il devoit le lendemain prononcer devant nous pour nous inviter aux obsèques de son beaupère ». Les plaisanteries de collège que débita le voisin de Regnard
1. La Suède était représentée alors par le comte Klas Tott, dont nous avons parlé plus haut.