Marquis de Noailles, o. c., t. I, p
AU SEUIL DES TEiMPS MODERNES 449
cette forme il le fit imprimer'. Sa tactique était bonne et ses intrigues bien menées sans doute, puisque Henri d'Anjou fut élu.
Il s'agissait maintenant de faire connaître son élection au nouveau Roi ; la Diète envoya en France une ambassade qui arriva à Metz le 4 août 1373. L'évêque de Langres fit aux ambassadeurs une belle harangue de bienvenue en français". D'ailleurs, à ce que raconte de Thou, les membres de l'ambassade polonaise arrivée à Paris étaient polyglottes. Ils étaient au nombre de douze, suivis d'environ deux cent cinquante gentilshommes. Aucun des ambassadeurs n'ignorait le latin ; « plusieurs sçavoient encore l'italien et l'allemand ; quelques-uns parloient notre langue si purement, dit un de ceux qui les ont entendus (en exagérant sans doute quelque peu), qu'on les eût pris plustôt pour des hommes élevés sur les bords de la Seine et de la Loire que pour des habitans des contrées qu'arrose la Vistule ou le Dnieper » ^.
Ce pouvait être un événement important que cette élection, ce ne fut qu'une aventure, dont tout le monde sait la fin lamentable. Les Français qui avaient accompagné Henri d'Anjou avaient fait assez mauvaise impression, et eux-mêmes s'étaient déplu en Pologne. L'un après l'autre, ces dépaysés avaient regagné la France. Desportes accabla le pays et ses habitants de malédictions : « Fasse le ciel que ce valeureux prince Soit bientôt roi de quelque autre province. Et que jamais ici ne revienne » ! Kochanowski, de son côté, poursuivit les Français de ses apostrophes '*.
Finalement, en juin 1374, le Roi s'enfuit. Le grand chambellan Tenczyiîski se mit à sa poursuite, le rejoignit près de la frontière et le harangua, en français, pour le supplier de rentrer dans son royaume ', ce à quoi le roi se refusa énergiquement.
1. Marquis de Noailles, o. c, t. II, pp. 26C et suiv. Je donnerai le titre de ce discours, il est un spécimen curieux d' « action « diplomatique : k Harangue faicte et prononcée de la part du roy très-chrestien, le IC^ jour du mois d'avril 1573, par trèsrévérend et illustre seigneur Jean de Montluc, évesque et conte de Valence et Dve conseiller de Sa Majesté en son privé conseil, et son ambassadeur par devers les trèsrévérends, très illustres, notables, magnifiques, nobles et généreux seigneurs, archevesques, évesques, palatins, caslellans, magistrats, officiers, et généralement tout l'ordre et estât de la noblesse, du très-ample et très-puissant rovaume de Poulonne grand-ducbé de Lithuanie, Russie, Prusse, Masovie, Samogitie, Kiouvie, Yollinie Podlachie et Livonie, en l'assemblée tenue à Warsovie, pour l'eslection du nouveau rov après le dccez du Serenissime Sigismund-Auguste ». — A Paris, chez Jean Richer libraire, rue St-Iean de Latran, à l'Arbre verdoyant, 1573. Avec privilège du Rov (Id., i6.. t. II, p. 272-"273). " ^