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CHAPITRE PREMIER REGARD EN ARRIÈRE

Au Moyen Age, — Après la conquête carolingienne de l'Espagne, la « marche » hispanique persista pendant plus de deux siècles sur le versant Sud des Pyrénées. Ensuite les deux royaumes de Navarre et d'Aragon se constituèrent sur les deux versants des montagnes : la Navarre s'étendait jusqu'à l'Adour (la séparation en Navarre française au Nord et Navarre espagnole n'est que de 1512). L'Aragon s'étendait pareillement jusqu'au Nord de Perpignan (le Roussillon actuel n'est passé de l'Espagne à la France qu'en 1659, au traité des Pyrénées). Il a possédé Montpellier de 1096 à 1349. Ces deux royaumes ont donc été en partie français; ils se sont trouvés longtemps dans la situation de la Savoie, mi-française et mi-italienne, par leurs souverains, leurs institutions et leur langue.

En Navarre, pendant tout le moyen âge, ont régné des princes français. De 1232 à 1285, c'est la maison de Champagne; en 1285, la reine de Navarre (Jeanne) épousa le roi de France (Philippe le Bel); les deux royaumes sont unis; ils le demeurent jusqu'en 1328, soit pendant quarante-trois ans.

En 1328, Jeanne de Navarre, petite-fille de Philippe le Bel, exclue du trône de France par la loi salique, garde la Navarre ; son mari est un Français, Philippe d'Evreux, qui a ses principaux domaines en France, dans la région parisienne et en Normandie; il vit en France; ses deux successeurs figureront pareillement à la Cour de France. La maison de Foix, qui vient ensuite (1479), est également d'origine française. Auprès de ces souverains vivent de grands seigneurs français, comme les Grammont et les Beaumont.

L'Aragon eut ses dynasties espagnoles, mais plusieurs rois ont

i. Voir dans l'Annuaire de l'École pratique des Hautes Etudes 1904-1905 un rapport de M. Robin sur l'influence française en Espagne au moyen âge.

épousé des princesses françaises: Pierre I" (1094-1104) s'unil à Agnès, fille du duc de Guyenne, Guillaume VIll; Ramire II (1134- 1137) épousa Agnès de Poitiers en premières noces, et Philippe de Toulouse en secondes noces; Pierre II (1196-1213) épousa Marie de Montpellier, etc.

Les femmes des souverains de Castille furent aussi fréquemment des Françaises : Alphonse VI, pour son compte, en épousa successivement quatre ; ses deux filles s'allièrent à des princes bourguignons.

Immigrations françaises. — Les rapports n'étaient pas limités à ces alliances princières, tant s'en faut. La croisade contre les Musulmans d'Espagne attira de tous les points de la France, un grand nombre de chevaliers, qui se joignirent aux Anglais, aux Flamands, aux Allemands', et, quelque réserve que l'on puisse faire sur certaines conclusions d'un livre récent, il n'en reste pas moins établi que cette croisade avait été beaucoup trop oubliée dans l'étude de nos légendes épiques. Si les conséquences de ces rencontres sont sensibles chez nous, elles ne le sont pas moins dans la Péninsule". Or elles se renouvelèrent au xiii" siècle. Lors de la grande expédition d'Alphonse VIII de Castille contre les Musulmans, en 1212, le pape Innocent III ordonna aux chrétiens de France de joindre l'armée espagnole. Un très grand nombr.e obéirent, avec des évêques à leur tête, et le sang français coula à la bataille de Las Navas de Tolosa. Une partie des seigneurs français demeurèrent dans le pays pour repeupler les régions conquises et dévastées. Beaucoup des seigneurs du Languedoc, notamment, s'établirent en Castille. Le gouvernement, travaillant systématiquement à la « poblacion », leur attribuait des châteaux et des domaines.

On vient de montrer récemment le rôle joué par un Bertrand de Laon^. Nous avons aussi un dénombrement des chevaliers gascons et normands *^, ainsi que des indications précieuses sur la colonisation civile. Des centaines de villes et de bourgs ont reçu des immigrants : Saragosse, Tudela, Pampelune, Huesca, Estclla. « A Estella la ville est repeuplée par des colons de France, de même qu'à Tarragone.

\. Pour la prise de Saragosse en 1118, les Seigneurs du Midi avaient fourni de gros conlingcnls aux armées espagnoles. Voir Boissonnade, Du nouveau sur la Chanson de Rolan'l. ch. i-v.

2. Sur ce sujet consulter Gaffarel, Henri de Bourgogne et les croisades d'Espagne (Mém. Soc. Bourg, de Gt'ogr. et d'IIist., 1901). Cf. E. Polit, Croisailes bourguignonnes contre les Sarrasins d'Espagne (Rev. Hislor., t. XXX).

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