‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 36 sur 595 · Boissonnade, o. c, p · texte numérisé non relu

Boissonnade, o. c, p

4. Id., ib., pp. ()1-f)3; cf. Bédicr, IJif. épi'iues, t. 111, p. .3(iS.

APanipelune, toute une partie de la cité, le quitrlier de Saint-Cernin, est créé au moyen d'immigrants du Quercy et de Gascogne qui s'établissent... A Tudela, ce sont des Normands ou des Gascons: le juge Durand Poisson (Peixon), les bourgeois Gautier Blanc, Hugues Morlans (de Morlaas ?), Bernard de Capdeville, Dominique Roux, Bernard Montclar, Guillaume Samaran. A Nàjera, on rencontre des Poitevins, comme Jean de Vouvent. En certains centres, ces colons sont si nombreux qu'ils ont leur administration spéciale »... « L'apport si important de ces éléments français, les plus énergiques et les plus entreprenants, n'a pas été, pour l'Espagne du Nord, un moindre bienfait que celui de la colonisation religieuse de nos clercs et de nos moines, et que celui de la collaboration militaire de nos chevaliers »'.

11 faut ajouter que d'autres chrétiens prirent pendant tout le moven âge et pour ainsi dire sans interruption, la route d'Espagne, c'étaient les pèlerins de Compostelle, une des trois métropoles du monde religieux, dans l'opinion des gens de l'époque, « pour ce que Saint Jacque qui fu entre les autres apostles de grignour dignité, la saintefia de sa sainte sépulture » ". Après les belles études récentes, on imagine tout ce que la Via Tolosana amenait de France depuis le x^ siècle, on sait la provenance et les stations des pèlerins et on comprend pourquoi certains tronçons de la voie portent encore le nom de Camino froncés, et comment la porte par où elle entrait était la Porte des Français, Florin Frnnrigena. Ces pèlerins ne s'en retournaient pas tous'.

Influences artistiques et littéraires. — Nous laisserons de côté ici les faits qui ne concernent pas cette histoire : établissement de communes de type français en Aragon, en Navarre, en Catalogne ; fondation de couvents de l'ordre de Cluny, élévation de Français à l'épiscopat (le premier évêque de Tolède, Bernard, était Français). Il est déjà plus significatif que l'écriture française ait remplacé la gothique du xii'^ au xiii* siècle. Il l'est encore plus qu'on rencontre des trouvères (et des troubadours — naturellement) dans les Cours et les châteaux d'Espagne. L'art espagnol, sous toutes les formes, reçoit l'impression de l'art français \ La littérature en langue vul-

-1. Boisson., o. c, p. 6fi-67.

2. J. Bédier, Lég. ép.. t. I, pp. 337 et suiv. ; cf. t. III, p. 71.

3. On doit toutefois prendre garde que souvent les Français qui furent en rapport avec rEspajrne, étaient des gens de langue d'oc, ainsi ceux que la guerre des Albigeois et la conquête du Midi par Simon de Montfort amenèrent au delà des Pvrcnées. Mérimée a étudié cette influence lointaine qui fut appréciable dans son Précis d'Histnire de la littérature espafjnole ('i90H).

4. Dès le xi^ siècle s'introduit rarcliitecture romane ; les Bénédictins conslruisont

gaire esl née, peut-on dire, de la nôtre. Sa matière épique a été enrichie par la lé^çcnde de Charlemagne ', mais surtout les premières formes qu'elle lui donne nous sont empruntées ; les ressemblances entre le Poema del Cid (milieu du xii* siècle) et la Chanson de Roland sont visibles. Même technique, mêmes procédés. La versification est nôtre. Comment la langue ne s'en fut-elle pas ressentie" ?

Menéndez Pidal dit à ce propos^: Le français fut la langue qui eut le plus d'influence : au xiii* et au xiv* siècle on connaissait bien la littérature française en Espagne. Au îv" nos chevaliers admiraient la courtoisie et le luxe français... Aussi peut-on diviser les gallicismes en deux époques principales. Les uns sont très anciens et se trouvent dans le Dictionnaire de Nebrija (1493) : comme page, jardin, troche, cofre, trinchar, manjar, bajel, sargento..., jaida (geôle), forja, reproche, etc.^.

des monastères sur les plans français ; les Glunisiens surtout élèvent des cathédrales de leur style. L'église de Saint-Jacques de Compostelle a une parenté certaine avec Saint-Gernin de Toulouse. A l'influence de Clunv succède celle des Cisterciens, au milieu du xii^ siècle : ils introduisent l'architecture ogivale, reproduisant les modèles de Bourgogne, de Languedoc et de Périgord. La sculpture est influencée par les modèles toulousains et provençaux.

1. Un manuscrit de la Chronique latine du pseudo-Turpin a été oÊFert à Saint-Jacques de Compostelle par le poitevin Emeric Picard, en 1140 (Mérimée, o. c. , p. 25-26).

2. Les « noms d'étiquette «, dans la maison de Bourgogne, ont été l'objet d'une enquête de Rodriguez Villa : Etiquetas de la casa de Auslria (Madrid, Médina y Navarro). Il cite : varlet-servant (21), contralor (22), (jrefier (23), sumiller (24); frutier (25); sausier (27), (jaardamanxier (28), escuyer de cocina (29), tjentiles liombres de la boca (41), f arriéra (45), porteras de la maison (50). Mais tous ces noms ne firent pas souche, ce sont des titres immuables, des blocs erratiques (cf. Fœrster, Spaniche Sprachlehre, 1880, pp. 171-195. Quelques mots sont venus par le catalan).

5. Man. elemental de Gramâlica Histnrlca Espanola (Madrid, 1905), § 4, 5°. On comparera un très substantiel chapitre d'Américo Castro, Lengua, cnsehanza y lileratura. pp. 124 et suiv.

\. Voir De Forest, dans Remanie Review, VI, pp. 69, 413, et VII, p. 378. Sur cet article Castro (^Revisla d. fil. esp., 1919, VI, pp. 329-331) dit : « Certains des mots cités comme français sont |)lus vraisemblablement d'origine provençale : almosna, aool, bagazza, beneito, calonge, caplener, cosimen (égard, ménagement), corloio, degafia (chapelle, de degen. doyen), fraile, menge (médecin), pancella, sobrancero, etc. ».

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