‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 354 sur 595 · Réau, Expans, de l'Art, fr. niod., p · texte numérisé non relu

Réau, Expans, de l'Art, fr. niod., p

Les modes de Paris firent rage, malgré les railleries de Sobieski, qui trouvait à tout ce monde « un air francuski » ; les perruques montèrent, a pareilles à des tambours qui bouchaient les fenêtres », les dames de qualité se jetaient sur les rubans dont l'aune valait quinze sous à Paris, et coûtait là-bas un écu.

L'obstacle du latin. — Les progrès en français allaient-ils aussi vite que cette francisation de la coquetterie ? Gela n'est pas sûr. D'une part l'argent n'y suffisait pas ; de l'autre, le latin dominait toujours l'éducation. L'abbé F. D. S. rencontre un jour un écuyer polonais de la Reine : « Il parlait assez mal français, mais le latin suppléa au défaut ».

Les livres en polonais étaient fort rares dans les bibliothèques '. Le latin continuait à apparaître comme langue essentielle de la culture, l'influence des Jésuites n'ayant pas été pour diminuer son prestige. On a compté, que dans le discours par lequel Jean-Casimir annonce son abdication, trente-deux lignes renferment treize citations latines ! Il était de bon ton dans la conversation d'intercaler un mot latin après trois ou quatre mots polonais. Les écrivains aussi cédaient à la tradition. Pasek lui-même a gardé l'empreinte des Pères, ses maîtres. Il a laissé des Mémoires dont l'allure rappelle Montaigne et Montluc ; ce Saint-Simon bon enfant serait vraiment tour à tour un écrivain classique, s'il n'avait pas la manie de citer du latin à tout propos ^. Beaucoup de « pans » paraissent n'avoir eu du français qu'une connaissance surperficielle et restreinte, juste de quoi barbouiller leur langage de quelques mots français.

L'apprentissage du français. — Ce qui me confirme dans cette manière de voir, c'est la rareté des manuels de français, mis à la disposition de la jeunesse. Elle ne prouve pas qu'on n'apprenait pas la langue ; c'est un indice pourtant que les maîtres n'étaient pas nombreux, car l'usage était, à cette époque, que chacun composât une méthode, dont la vente ajoutait quelques bénéfices au prix des leçons. Or la Bibliographie polonaise d'Estreicher n'en cite que deux. Le premier semble avoir été celui de Mesgnien, un Lorrain émigré en Pologne : Grammatica gallica, in usuni jin>entutis maxime Polonae composita (Dantzig, 1649, in-S") ^. On remarquera dans ce titre

1. Brûckner, o. c, p. 201. Kochanowski avait été le premier à réagir dès le XVI* siècle contre ce dédain et à écrire ses vers en polonais, tout en continuant à versifier aussi en latin.

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