Il était conseiller de la Cour
3. Voir sur sa comédie Brûckner, o. c, pp. 305 et suiv. et 460.
4. Sur ce personnage de JNIorsztyn, ses intrigues politiques, son rôle d'agent de la France, voir A. Mansuv, o. c, pp. 367 et suiv,
o. Les influences italiennes, si puissantesen Pologne aux xxi^ et xvii<' siècles, conti-
Une anecdote. — Je voudrais rapporter à ce propos une anecdote que nous conte Jacques Cabrit, dans son Autobiog7-aphie\ Elle est sino-ulière, mais, étant donné l'honnêteté et la véracité de ce brave pasteur, certainement authentique. Elle date de 1702. « Dans un bois, dit-il, à un quart de lieue de Lowicz, je rencontrai deux seigneurs polonais accompagnés de deux valets, auxquels ils ordonnèrent de tirer sur les nouveaux venus ; je fus d'autant plus allarmé qu'on nous avoit raconté, le jour précédent, que plusieurs personnes avoient été massacrées aux environs. Je méditois en moi-même si je me mettrois en défense, mais ensuite considérant que la partie n'étoit pas égale, je pris le parti de m'humilier ; je leur parlai d'abord latin, mais je m'apperçus que cela les irritoit d'avantage, et qu'ils s'excitoient les uns les autres à ne point me faire quartier. Je me servis ensuite de la langue françoise, et je remarquai qu'ils s'adoucissoient ; les deux dames qui étoient au fond de la chaise, qui avoient perdu la parole de frayeur, la recouvrèrent, descendirent, se jettèrent aux pieds des cavaliers, leur parlèrent françois, leur offrirent une belle boëte d'argent pleine de tabac en poudre, les prièrent de l'accepter, ce qu'ils firent ; et après avoir reconnu que nous étions François, ils nous firent une espèce d'excuse et nous souhaitèrent un bon voyage, ainsi nous en fûmes quittes pour la peur et pour la boëte qu'ils emportèrent ».
Pour comprendre et apprécier les sentiments qui firent agir ces inconnues, il sera bon de relire ce qu'Abel Mansuy a écrit avec tant de délicatesse au sujet du charme que notre langue a exercé alors sur les femmes : « Au xvii'^ siècle, dit-il, à la suite de Marie-Louise et surtout de jNIarie-Casimire, on a joué les Précieuses longtemps après les Précieuses Ridicules. On aurait tort cependant de sourire. Un charme séducteur émanait de cette préciosité attardée : c'était le délicat piment auquel les bouches slaves devaient revenir goûter sans cesse et qui dominait leurs sens un peu rudes par la surprise d'une douceur inéprouvée. La préciosité n'était pas l'essence même de l'esprit français ; elle fut du moins la caresse inoubliable sous laquelle le Polonais hostile à la politique française, comme à toute politique, — rien de plus, — sentit fondre son humeur jalouse, et aima, en dépit qu'il en eût parfois, cette langue facile, spirituelle, charmeuse, vaillante, la notre. C'est la préciosité assez gaillarde
nuaient à s'exercer. André Morsztyn, tout seigneur de Cliàteauvillain qu'il était, se rattache plutôt à Marini qu'à nos Précieuses. Et, jusqu'à 1775, l'opéra italien domine de très haut les modestes rudiments du théâtre national (Pasek, Mém., 1. c, Intr., p. 35).