CHAPITRE IV LE XVIIP SIÈCLE
Un roi détrôné a Lunéville. — Le xviii* siècle fut pour la Poloene une époque fertile en événements douloureux. Charles XII, vainqueur du Saxon Frédéric-Auguste, avait imposé un roi de son choix, Stanislas Leszczynski, qui ne put se maintenir que quelques années (1704-1709), et qui ne réussit pas à reconquérir son trône en 173o. Celui qui lui succéda, le Saxon Auguste III, régna trente ans. Stanislas-Auguste, un Poniatowski, qui fut Stanislas II, vit, après neuf ans de règne, les puissances du Nord se partager la plus grande partie de son malheureux pays (1772).
Au cours de ce siècle tragique l'esprit polonais changea considérablement. Pourtant, c'est sous le dernier roi, nous le verrons, que l'influence de notre civilisation et de notre langue atteignit son maximum.
D'abord il ne faudrait pas croire que la chute de Stanislas I", établi par Charles XII à Deux-Ponts, puis devenu duc de Lorraine, ait amené une rupture complète entre le roi dépossédé et ses anciens sujets. Dans son duché, dont il fut le bienfaiteur, et qui n'a jamais oublié son souvenir, il attirait de jeunes Polonais, qui s'initiaient à la vie et à la langue françaises. La compagnie de cadets qu'il avait formée à Lunéville était composée de vingt-quatre Français et d'un même nombre de Polonais, qui, en plus des exercices militaires, recevaient une culture intellectuelle et apprenaient le français et l'allemand '.
Dans le Roïaume. Latin et Français-. — Tous les gens qui avaient reçu de l'éducation savaient encore peu ou prou le latin. Voltaire s'est moqué de leur jargon : u Ah ! Monsieur, Non ibis, non ibis
i. Stengc'l, \ erz., n° 289, cite La Langue française expliquée dans un ordre nouveau de Mallicrbc (dédié au Roi Stanislas), 1725. Rien dans cet ouvrage qui le caractérisât. II est publié à Paris. L'auteur cherche simplement une faveur en flattant le duc de Lorraine et la reine de France.
2. Ici comme partout il convient de se borner aux faits qui concernent cette histoire. De sorte que, si méritoires que lussent les œuvres d'assistance de l'abbé Baudouin, et quelque reconnaissance qu'elles aient valu à ce Français, nous n'avons pas à en tenir compte. En tTlT, l'abbé Baudouin avait été en^oyé à Varsovie chez les Missionnaires de l'église de Sainte-Croix. A la vue de la misère dans laquelle vivaient les pauvres de la
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amplius ! C'est le latin qu'on entend en prenant des chevaux aux postes de Pologne » '. Bernardin de Saint-Pierre va plus loin et nous dit : La plupart des paysans polonais « le parlent [le latin] toute leur vie, quoiqu'ils n'aient point été au collège. Ils le parlent d'une manière très intelligible, comme je l'ai éprouvé en voyageant dans leur pays... ». « Ce n'est pas, disent nos savans, du latin de Cicéron, mais qu'importe ? » " On en avait conté au voyageur. La diffusion du latin n'est jamais parvenue à ce point. L'hôtellerie n'était pas le village, et il n'y avait pas beaucoup de grandes routes fréquentées.
Le français dams l'éducation ^ — C'est sous les rois saxons que Konarski commença ses profondes réformes dans l'éducation. 11 avait visité la France et s'inspirait de l'esprit nouveau qui y régnait. Dans son Collège des Nobles, le français tint une place assez importante, quoique moins grande encore que celle du latin. (( Cette langue est pour nous, disait Konarski, ce que la langue grecque était pour les Romains ».
D'après les règlements du collège, les élèves étaient tenus de verser une somme fixée à cet effet pour l'enseignement du français et pour l'achat de journaux polonais et français.
Parmi les matières introduites dans les classes de grammaire entrait le français. Dans les statuts du collège, une large place était réservée à l'éloquence de la chaire ; or, pour s'y former, Konarski recommandait comme modèles aux prédicateurs polonais les maîtres français : Bourdaloue, Massillon, etc. En philosophie, on mettait entre leurs mains les œuvres de Descartes, de Gassendi, de Malebranche, les françaises comme les latines. Les élèves lisaient aussi le Téléinaque de Fénelon, les Pensées de Pascal, La Fontaine, Corneille, Molière..., La Véritable politique des gens de qualité ; bien plus, ils se familiarisaient avec les classiques anciens dans la traduction française, par exemple avec les Vies de Plutarque, les Lettres de Cicéron, etc.
Konarski attribuait un grand rôle éducateur au théâtre. 11 tra-
ville, il décida, malgré toutes les difficultés qu'il renconlra, de fonder une œuvre d'assistance pour les enfants pauvres et délaissés. Par l'effet de son dévouement et de son infatigable activité, cette œuvre devint de plus en plus prospère; aussi lorsque Baudouin mourut à Varsovie, respecté do tout le monde, fut-il enterré à l'église de Sainte- Croix même, et sa mémoire est vénérée dans la Pologne entière (Franc. Pol., p. 50).
1. Lettres philos., t. II, p. 42. Dans le Voy. de deux Franc., on voit qu'avitour de •1790 les maîtres de poste usaient encore du latin (t. V, p. 411-112). Les voyageurs rencontrèrent même des soldats qui le parlaient.