‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 366 sur 595 · UN PRINCE FRANCISÉ · texte numérisé non relu

UN PRINCE FRANCISÉ

et nous l'a dit. Au lieu de « Sarmates habillés en peau d'ours », il avait trouvé « Athènes au bord de la Vistule », et il a embouché sa clarinette en l'honneur des magnifiques domaines des Radziwill et des Czartoryski; un long passage du poème des Jardins leur est consacré :

Toi, dans qui l'élégance est jointe à la richesse, Fortuné Pulhavi, qui seul obtins des dieux Les charmes que le* ciel partage à d'autres lieux ! Quel tableau ravissant présentent tes campagnes! De quel cadre pompeux l'entourent ces montagnes, Où du grand Casimir, seul, sans garde et sans cour, Le palais règne encor sur les champs d'alentour ! Détours mystérieux, magnifiques allées.

Bois charmants, verts coteaux, agréables vallées. Les aspects étrangers, et tes propres trésors. Tout enchante au-dedans, tout invite au dehors.

La fin du morceau laisse voir qu'à côté des représentations théâtrales des lectures françaises se donnaient pour récréer les hôtes ou pour les honorer :

Ailleurs c'est un musée, asile studieux,

Livres, bronzes, tableaux, là, tout charme les yeux;

Là, même après Mérope, Athalie et Zaïre,

Mes faibles vers peut-être obtiennent un sourire.

Nos LIVRES EN PoLOGNE. — Sauf de rares exceptions (Karpinski, Woronicz, Niemcewicz), les écrivains "^polonais sont des lecteurs assidus de nos livres, dont ils s'inspirent. Donnons en exemple Stanislas Trembecki, favori du Roi, qui avait séjourné à Paris.

Le fameux philosophe Stanislas Staszyc subit une forte influence de Buffon; Ignace Krasicki (1733-1804) prend pour ses modèles Rollin, La Fontaine, Boileau et Voltaire. C'est encore Boileau qui inspire Wegierski. François Karpinski fréquenta beaucoup Rousseau, et François Zablocki subit une influence visible de Molière.

Frédéric II, qui avait quelque droit de choisir entre les hommes et les œuvres, se moquait de l'engouement indiscret des Polonais. « Les Polonais, disait-il, ne connaissent que les mauvais livres français, et ils les lisent avec le même goût qu'ils achètent nos vieilles étoffes et qu'ils boivent les mauvais vins de France, d'où vient qu'ils servent d'égoùt par lequel s'écoulent toutes les choses usées ou méprisées de l'Europe » '. Cette boutade grossière, qui annonce les violences qui suivirent qu'on exerça sans scrupule

i. Hist. de mon temps, p. 197

sur un peuple méprisé, n'est pas juste. Les Polonais burent peutêtre à la source impure, mais pas toujours. Wielhorski acheta la bibliothèque de M. Mairan (1771). On avait traduit en polonais Rollin, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Mably. Condillac fut chargé de rédiger un traité de logique. C'est à J.-J. Rousseau luimême que le comte Wielhorski demanda une théorie du gouvernement \ Jamais esprit plus nouveau ne fut versé dans de vieilles outres. .

i. Les considérations sur le gouvernement de Pologne et sur la réformation furent publiées seulement en ill'i. Voir Marquis de Girardin , Quelques mots au sujet du mannscrii de J.-J. Rousseau, Considérations sur le gouvernement de Pologne.

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