‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 373 sur 595 · Bernacki, o. c, t. I, p · texte numérisé non relu

Bernacki, o. c, t. I, p

2. Voir dans la Gaz. des Deux-Ponts une lettre do Lûbeck du 28 mai 4774 et une autre du II juillet, plus sévère encore : « La capitale de la Pologne offre un spectacle singulier par sa variété et ses contrastes ; quelques patriotes étalent de belles maximes républicaines qui ne changent rien à leur sort ; mais qui font estimer et plaindre ceux qui les répètent et qui en font la règle de leur conduite ; plusieurs citoyens, et c'est le grand nombre, oublient la patrie et ne songent qu'à eux ; il y en a d'autres qui prennent leur parti et qui rient de tous les événements qui se passent sous leurs veux et qui devraient les affecter différemment. Ces derniers s'égayent beaucoup au sujet de la dispute qui s'est élevée entre deux grands personnages au sujet des spectacles publics ; il s'agit de savoir au nom duquel des deux ils doivent être donnés ou plutôt autorisés ; celte question occupe la Délégation, et forme deux partis qui s'en occupent avec autant de feu que du sort du Royaume et de la République. Les plaisants voient cette querelle du côté par lequel elle doit être naturellement envisagée ; l'un d'eux a publié un pamphlet intitulé : Mémoire pour servir de plan aux pièces de théâtre de Varsovie et de supplément à l'Iiisloire de la démence humaine ».

3. Une seconde représentation fut donnée en allemand au Palais Radziwill le il janvier i77o (Bernacki, o. c, t. I, p. 64).

4. Le Journal littéraire de Varsovie (i'^' cahier de mai 1777, p. 30) parle avec éloges d'un S'' Courcelles, « l'un des acteurs de la troupe française que nous avons eue ici pendant quelques mois » (cité par Bernacki, t. I, p. 125); dans le 3** cahier de juin de la même année, il est question du S' Montbrun, « de la complaisance et des talens duquel le théâtre et les sociétés de Varsovie ont à se louer depuis plusieurs années » (Id., ib., t. I, p. 133). Cette dernière phrase autoriserait à penser que les Français étaient revenus dès 1774.

o. Exactement 35 représentations françaises contre 17 représentations polonaises^ d'après les extraits du Journal littéraire de Varsovie publiés par Bernacki (o. c, t. I, pp. 125 et suiv.); mais le relevé est certainement incomplet: le 30 novembre est annoncée une seconde représentation du Barbier de Séville, alors que la première n'est pas mentionnée.

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polonais avant d'être donnes en français ; Nanine, Pygmalion auraient au contraire été joués en français d'abord, en polonais quelques semaines plus tard ; mais on n'aperçoit pas bien dans l'ensemble les motifs qui inspirèrent le choix*.

Le théâtre français parait avoir été fréquenté ; une gazette hebdomadaire, le Journal littéraire de Varsovie, rédigée en français, donnait une chronique assez exacte des représentations et faisait place même aux polémiques pour ou contre les acteurs ^. Les connaisseurs n'étaient probablement qu'à moitié satisfaits, ils se contentaient néanmoins du peu qu'on leur offrait' ; d'autres, il est vrai, se plaignaient que Varsovie fût « inondé » de comédies françaises, dont beaucoup étaient insipides ou mal choisies*; ils voulaient que le théâtre eût une action morale, et par suite, malgré toute leur amitié pour la France, ils appelaient de tous leurs vœux l'établissement d'un théâtre national ^

Toutefois la faveur du public paraît s'être détournée peu à peu des comédiens français ; s'ils se maintinrent jusqu'en octobre 1778, ce ne fut pas sans difficultés ni querelles " : à la fin de l'année ils

4. Pourquoi Tartuffe par exemple est-il traduit, alors que les Précieuses ridicules. Le Médecin malgré lui, Les Fourberies de Scapin, L'Ecole des Maris, L'Ecole des femmes, M. de Pourceaugnac et L'Avare sont joués en original ? Pourquoi traduire Le Joueur et non Les Folies Amoureuses ou Les Ménechmes ? Beverley et L'Indicjent et non Le Père de famille ?

'2. Le dernier cahier de décembre 1777 contenait une « Lettre d'Ibrahim, Juif arabe », qui était une apologie, d'ailleurs peu chaleureuse, de la troupe ; dans le cahier suivant une « Lettre du nioucheur de chandelles de la comédie » répliquait par une assez virulente satire.

3. «Quoique le théâtre de cette capitale n'offre rien de bien neuf et de bien intéressant, on remarque cependant avec de la craie blanche les jours fortunés où les acteurs français y représentent passablement de vieilles pièces » (Journal litt. de Vars., février 4778, II" cahier, cité par Bernacki, o. c, t. I, p. 434).

4. Journal litt. de Varsovie, mai 4777, IV" cahier. Le mal, paraît-il, sévissait alors depuis un an.

5. Dans le II"^ cahier de novembre 4777, le Journ. litt. de Vars. blâme la représentation des Précieuses et de la Métromanie : « Qu'importe aux Dames polonaises de se voir représenter si souvent le ridicule de quelques bourgeoises françaises du siècle de Molière? Il faut jouer des défauts, des ridicules qui existent, alors on devient utile en amusant ; que si l'on veut seulement faire rire, sans se soucier d'aucun but moral, qu'on donne des farces italiennes ; elles seront courues, on amusera le peuple et l'on gagnera de l'argent ». En juin, la même gazette déplorait la fermeture du théâtre polonais « par une suite funeste des éternelles disputes qui bouleversent les tripots comiques », elle estime que les représentations françaises, ballets et concerts ne sont qu'un pis-aller: « Tout cela est excellent, soit pour les nationaux du premier rang, soit pour les étrangers qui se trouvent à Varsovie, peut-être même pour les entrepreneurs du spectacle. Mais avec tout cela... le but moral est manqué, la plus grande partie et sans doute la partie la plus respectable du public, est privée d'un amusement dont elle s'est fait une douce habitude, dans lequel elle ne voit que le plaisir, mais oii elle rencontre en même temps l'instruction )). En octobre, on réclamait « des pièces originales et composées uniquement pour la réforme des mœurs de la nation y>, mais ce n'était là qu'un vœu dont la réalisation ne paraissait guère proche.

fi. Le 29 juillet et le 7 octobre, la Comédie-Française de Paris arbitre deux conflits survenus entre Monlbrun, directeur du théâtre de Varsovie et deux de ses pensionnaires, Courcelles et M"»* Hamon (Arch. Com.-fr. — Conflits des th. de prov., année 4778).

déclarent dans une supplique au Roi qu'ils « ont tout perdu » ; ils voudraient obtenir « le Théâtre dépendant de la maison des écoles pieuses », mais ne peuvent fournir la caution de 100 000 ducats exigée par les Pères ^ En 1781, il est probable qu'on ne joue plus qu'en polonais et en allemand, bien que le Journal du Théâtre de Varsoi^ie soit toujours rédigé en français " ; le goût des représentations françaises ne subsiste que dans les théâtres de société^; peut-être faudra-t-il attendre le début du nouveau siècle, pour qu'il renaisse comme une manière de protestation et un acte d'espérance.

De tous ces renseignements fragmentaires et certainement incomplets, il ressort néanmoins que l'influence de nos acteurs n'avait pas été négligeable, non seulement au point de vue littéraire et technique, mais même au point de vue linguistique : une grande quantité de termes relatifs au théâtre furent empruntés au français et restent reconnaissables dans les formes compliquées de la déclinaison polonaise : abonoivac, afîsz, akt, aktorki, balet, bilet, debiut, dyrektor, galerye, komedya, loza, oper-elka, paradyz, parler, reduta maskowa, reprezentacya , spektakl, tragedya '".

On remarquera que ce ne sont pas là des mots de métier, qui auraient pu ne jamais sortir des coulisses, mais au contraire des termes qui durent se répandre dans le public. Nul doute qu'une étude plus complète et du lexique et des faits ne révèle une influence plus sensible encore. Le peu que nous savons fait souhaiter vivement que les enquêtes approfondies qui ont été faites soient prochainement publiées.

PÉNÉTRATIO?i PROFONDE DE LA LA>'GUE. On dcvinC qUC tOUS IcS

faits que nous venons de rapporter supposent une pénétration de la langue. En effet, sur la diffusion de notre français dans la haute société polonaise à la fin du xvin* siècle, les témoignages sont abondants et concordent ^.

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