‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 390 sur 595 · Voir 0. c, p · texte numérisé non relu

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i. Un nomme Dillcy, qui tenait divers emplois et se servait de la langue française (Pypin, o. c. t. IV, p. ty-20).

5. Stengel signale encore une édition avec traduction russe de Des Pepliers, en 1780 (n» 491).

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Les précepteurs, qui avaient longtemps été rares et suspects, se recrutaient mieux. Parmi les femmes, s'il arrive encore de tomber parfois sur des aventurières, il se présentait aussi d'honnêtes filles, peu instruites peut-être, mais qui valaient, somme toute, les pauvres maîtresses d'école de France. Elles confondaient parfois les modes dans les verbes avec les modes dans les costumes, et l'examen institué en 4750 eût pu les gêner. Mais il n'eût pas pu être subi en France non plus. C'était l'âge de pierre de la pédagogie, où les connaissances n'étaient pas de rigueur, mais seulement les dispositions à apprendre '.

A tout prendre, les « outchitels » avaient un grand avantage : leur ignorance même les condamnait à la méthode directe, la seule bonne. Dès cette époque, les touristes et les étudiants russes venaient du reste si nombreux à Paris, qu'on y érigea une chapelle orthodoxe.

L'éducation de gra?jds seigneurs. — Alexandre Vorontsov, neveu du chambellan d'Elisabeth, nous a laissé un récit de son éducation : « Il y avait à la cour, dit-il, deux fois par semaine, comédie française; mon père nous y faisait aller dans une loge qu'il obtint... Il fil venir pour nous de Hollande une bibliothèque assez bien choisie où il y avait les meilleurs auteurs et poètes français et des livres historiques, de manière qu'à douze ans, j'étais familiarisé avec Voltaire, Racine, Corneille, Boileau et d'autres littérateurs français ». Là-dessus un voyage en France acheva l'œuvre ^

Pour l'aristocratie russe, la princesse Dachkov et quelques autres, le français fut comme une seconde langue maternelle. Il faut dire qu'il apparaissait, non seulement entouré de son prestige propre, comme organe de la civilisation la plus raffinée du temps, mais comme l'instrument des rapports entre les gens distingués de tous les pays^.

1. Il est extrêmement digne de remarque que les listes de Stengcl ne signalent aucune grammaire française rédigée alors en Russie. La première est portée au n° 441 , "1781 (?) : Grammaire française faite par demandes et réponses avec la traduction russe, Moscou, 8°, 399 pages. C'est une 4** édition. De quand est l'original ? Cf. : Alphabet français enrichi d'un vocabulaire et des dialogues les plus faciles à l'usaije de la jeunesse Russe. ^ou\. édition, Saint-Pétersbourg, Imprimerie de l'Académie des Sciences, 1773, 8°, 144 pages.

2. Arch. du Prince VoronUov, Voir Brûckner, Die Europuisierumj Russlands, p. 509- 510. Cf. A. Rambaud, Paris et Sainl-Pétersb., dans Revue politique et littéraire, 29 juin 1878.

3. Vers le milieu du xyiii^ siècle, le français était à St-Pétersbourg la langue de liaison entre les colonies européennes : «... Pétersbourg étant habité par des colonies de différentes nations, rien n'est plus composé que les mœurs et les usages de ses habitans. On ne sait en général quel ton ni quelle mode y dominent. La langue française est celle qui sert de liaison entre les différens peuples, mais on y en parle également bien plusieurs » (Massoji, Mémoires secrets sur la Russie, t. I, p. 109).

Les écrivains russes et le français. — La littérature moderne russe est née à ce moment. Elle subit fortement notre marque. Un des premiers écrivains dont le nom soit resté, Kantemir, savait onze lano-ues, dont le français. Ambassadeur à Londres (1730), puis à Paris, il avait fréquenté Montesquieu, et fait une traduction des Lettres Persanes, et des Entretiens de Fontenelle, qui l'inspira. Ses Satires sont « à l'instar » de celles de Boileau. Basile Trédiakovsky (1703-1769) est plus francisé encore. 11 avait passé en Sorbonne et avait pris l'air de France. Il composait en français aussi bien ou aussi mal qu'en russe. Ce fut un infatigable traducteur, en même temps qu'un imitateur. C'est par lui que VArt Poétique de Boileau fit son entrée en Russie.

Loraonossov (1711-176o), qui suivit ces précurseurs, ce paysan devenu après une vie extraordinairement mouvementée, suivant un mot pittoresque, « la première université russe », chimiste, physicien, naturaliste, fut aussi un traducteur et un adaptateur d'œuvres, non seulement allemandes, mais françaises.

Le théâtre. — Nous avons remis jusqu'ici à parler du théâtre français en Russie ^

C'est que l'introduction de notre théâtre fut tardive^. Longtemps la porte resta fermée aux Français : les troupes de Kûnst (1702), d'Otto Fiirst (1703) sont allemandes. Pierre le Grand aurait-il, comme on l'a prétendu, vu jouer Baron à Paris? Si le fait n'est pas absolument impossible, il est du moins fort mal attestée En tous

1. L'histoire de l'influence du théâtre et des comédiens français en Russie est encore à faire. Jusque vers lOiO, la tyrannie des idées de Lcssing sur la littérature dramaliqvic française a pesé sur l'enseignement : on dédaigna ce xviii^ siècle, temps de « pseudo-classicisme «, qui méritait à peine, entre le « moyen âge » russe et l'époque moderne, quelques pages d'indications vagues ou d'exécutions sommaires ; c'est depuis peu qu'une étude critique importante a été consacrée à l'acteur Dmitrevskoï, contemporain, admirateur et disciple de Lekain et de Clairon (voir V. Vsevolodski-Guerngross : J. A. Dmilrevskoï. Berlin, i9"23 (en russe). C'est plus récemment encore qu'a été esquissée l'histoire de quelques troupes françaises. Voir R. Aloys Mooser, Conlribution à l'histoire de la musique russe. — L'opéra- Comique français en Russie au XVIII" siècle. Genève, tOS'î, in-8". Nous avons toutefois diverses études d'ensemble, dont une déjà ancienne : Haigold, Beylatjen zur neuoerundcrten Russland, Riga, 4769-1770, 1 vol. in-8°. Cf. l'ouvrage de Pierre de Corvin (Pierre Newsky), Le théâtre en Russie depuis les origines jusqu'à nos jours. Paris, 1890, in-18.

2. D'après une communication de M. Mooser, qui m'est transmise par M. Fuchs, la Gazette de iit-Pctershour<i du 46 août 1729 contient l'annonce suivante : 11 est fait savoir qu'après-demain, soit le 17 [s'ic] de ce mois, les comédiens françois joueront gratis en l'honneur de la naissance d'im prince de leur pays, et ils invitent toutes les personnes désireuses d'assister à ce spectacle. Il sera représente : Le pédant scrupuleux, et à la comédie. Le chasseur trompé. Pareil événement est tout à fait surprenant à cette date.

3. Pierre de Corvin remarque avec raison (p. 65) que Baron ne paraît pas sur la scène de 1691 à H^O, et que, si le Tsar avait assisté à une représentation de la Comédie-Française, la Gazette l'aurait sûrement signalé. .\ la rigueur, Baron aurait pu paraî-

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cas, le fondateur de la Russie moderne ne semble pas avoir vu dans les comédiens français des collaborateurs possibles, alors qu'il utilisait les acteurs allemands et leurs élèves russes pour sa « propagande culturelle ».

Les quinze années qui suivent sa mort ne sont pas plus favorables. Sous le règne d'Anna loannovna (1730-1740), on ne voit passer que deux troupes : l'opéra italien qui joue aux fêtes du sacre — et qui a été procuré par l'Electeur de Saxe' — et la troupe allemande de Neubourg. Certains de ces Allemands jouent Molière et Thomas Corneille, mais ils les jouent en russe ^.

En 1740, pendant le règne éphémère du petit Ivan IV, la régente Anna Léopoldovna de Brunswick aurait chargé le maître de ballet Landet de faire venir son compatriote Sérigny qui jouait alors au théâtre de Hesse-CasseP, mais les pourparlers n'avaient sans doute pas abouti.

Au printemps de 1742, un changement s'opère.

Une note d'un fonctionnaire de Catherine II place ici seulement l'arrivée de la première troupe française : c'était la troupe de Préfleury, qui fuyait la Bavière envahie*.

Apparition des Français. — L'Impératrice d'alors, Elisabeth, passionnée d'art dramatique, fit construire à Pétersbourg un théâtre permanent, en 1736. On eût voulu faire venir à la Cour des étoiles de Paris : Lekain, M"^ Clairon. Louis XV ne put accédera ce désir, de peur de mécontenter le public français, mais on fournit des doublures'', comme partout.

trc dans quelque représentation privée, à Sceaux, par exemple. Mais ce n'est là qu'une possibilité, sans même un commencement de preuve. Aucune relation du voyage de Pierre le Grand ne rapporte qu'il soit allé au théâtre, sauf pour voir un ballet.

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