‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 393 sur 595 · Paris, Gide, an VII · texte numérisé non relu

Paris, Gide, an VII

4. Die Europaisierung Russlands, p. 507-508 : « A partir du xviii*' siècle, il existe en Russie une grande quantité de demi-Français. La France est plus que tous les autres pays considérée comme exemple en tout. Paris a une attirance extraordinaire. L'iniluence de la littérature, de l'art français sur la pensée de la haute société russe est forte et durable... C'étaient les meilleurs disciples des Français ».

5. Voir Grimm (Corresp.. 1774, t. VIII, p. 292). On devine l'orgueil qu'avait pu inspirer à l'autetir l'erreur d'une partie du public, qui avait attribué à Voltaire la paternité d'un écrit qui était tout bonnement de lui.

locomotion et de transport depuis la frontière, libre exercice du culte sous réserve de ne pas faire de prosélytisme, droits de s'établir sur tous les points de l'Empire, sauvegarde assurée pour ceux qui s'installeront à demeure sur les marches de la Russie d'Europe, à la limite de la barbarie, droit de juridiction pour ces derniers, liberté de retourner en tout temps au pays natal moyennant l'abandon d'une redevance assez forte. En retour il n'est exigé qu'un acte de sujétion, c'est-à-dire de soumission au pouvoir impérial »'.

Ajoutons à ces actes la réorganisation définitive de l'Académie des Beaux-Arts créée par Elisabeth. Catherine y prépose un bâtard du prince Troubetskoï, qui, sous le nom de Betski (abréviation de son vrai nom), était devenu auprès d'elle le maître des petites choses. Il avait vécu seize ans à Paris. On imagine que, dans son Académie, celle de Paris se reflétait exactement.

La Russie ne pouvait fournir les professeurs. Une nouvelle colonie française fut embauchée, mais, à la différence de celle du temps de Pierre le Grand, elle comprenait beaucoup moins d'artisans et beaucoup plus d'artistes. Les études à Pétersbourg étaient complétées par un voyage des jeunes gens à Paris. On peut dire que, dans ces conditions, le monde artistique russe qui se formait, devait être infailliblement francisé.

Je n'énumérerai pas les noms de tous les Français qui allèrent enseigner à Pétersbourg ou travailler soit à l'embellissement, soit à la construction des palais impériaux et des châteaux des grands seigneurs, les Slrogonov, les Chérémétiev, les Kourakin. Grâce à l'entremise de D'Alembert, de Diderot, de Grimm, de Reifenstern, de Santini, des ambassadeurs russes : à Londres Vorontsov, à Paris Bestoujev-Rioumin, Golitsin, c'est toute une élite d'hommes de talent que la France fournit à la Russie ". Quelques-uns sont célèbres, comme Le Lorrain, Falconet, Lagrenée, Moreau le Jeune, l'ingénieur Perronet. Ces artistes, ceux qui enseignaient mis à part, ne faisaient

i. Histoire de la Colonie française à Moscou, Introd., p. 2-3.

2. Il faut lire à ce sujet le livre de Réau, si riche d'informations variées et sûres. Rambaud avait déjà fait un tableau succinct de celte émigration d'artistes (Lav. et Ramb., Hist. Gén., t. Vif, p. iol). « C'est, dit-il, l'architecte Lamothe qui construit l'Ermitage (1769). Catherine II garde le peintre Louis Lagrenée (appelé en Russie par Elisabeth et venu avec son frère Jean) comme directeur de son Académie des Beaux- Arts. Elle lui donnera comme successeurs dans ce poste le peintre et graveur Lorrain et le peintre Doyen, qui tous deux termineront leur vie à Pétersbourg (1790 et 1806). Elle commanda à Houdon son buste, à Chardin des tableaux de genre, à Vernet des paysages, à Vicn un plafond pour le grand escalier de Tsarskoié-Sclo, à Clérisscau un plan de palais dans le style romain, à Perronet un pont sur la Neva, à Bourgeois de Chatelblanc un phare sur la Baltique. Au début de son règne, elle aura Le Prince, arrivé dès 1738, et qui séjourna en Russie jusqu'à 1764 ; à la fin, elle aura M™^ Vigée- Lebrun, qui peindra Catherine II, les grandes-duchesses, ses petites-filles, les grands de son empire, les dames de sa cour ».

directement que peu de chose pour l'expansion de la langue, moins peut-être que des commerçants. Du moins ils augmentaient le prestige de notre civilisation et attiraient vers elle une curiosité toujours plus vive.

Le français dans l'enseignement. — Ce fut un Suisse du pays de Vaud, français de langue, le colonel Laharpe, qui fut chargé de l'éducation des petits-fils de l'Impératrice, Alexandre et Constantin.

Dans l'Académie régénérée, le français, exclu auparavant, fut admis à côté du latin, et de fait, depuis 1776, la plupart du temps les Actes et les Mémoires furent rédigés en français. Or, cette Académie était enseignante et composait une véritable Université, formée de trois Facultés.

Des écoles normales furent fondées dans divers quartiers de Saint-Pétersbourg ; on y enseignait aux enfants, avec le latin, les langues étrangères. A Moscou, furent ouverts deux gymnases : l'un pour les nobles, l'autre pour les roturiers. C'est ce qu'on appelait l'Université. Le français et l'allemand étaient au programme, en même temps que les langues anciennes '.

L'Institut de Smolny, créé à l'imitation du Saint-Cyr de M™* de Maintenon, reçut quatre cent quatre-vingt jeunes filles de la noblesse. C'est une Française, M""* Lafond, qui était chargée de diriger l'éducation. On y donnait des représentations en français ^.

Assurément, comme partout dans les écoles, les résultats étaient incomplets. Diderot l'a noté dans son chapitre relatif à l'Ecole des Cadets ^. « Il s'en manque bien, dit-il, qu'ils [les jeunes gens] parlent français comme les jeunes filles ; ils le parlent par usage, et cependant ils l'entendent peu. Lorsqu'ils ont lu une phrase avec bien de la peine, si on les interroge, on découvre qu'ils n'y ont rien compris ».

Réorganisation du théâtre. — Le théâtre français devint une institution d'Etat. A peine Catherine II s'est-elle emparée du pouvoir qu'elle met en campagne ses agents diplomatiques pour

1. Voyage de deux Franc., t. III, pp. 244, 314 et 316. Les professeurs d'allemand y étaient toutefois plus nombreux que les professeurs de français (quatre contre trois).

2. « ... un spectacle fort agréable au Couvent de jeunes demoiselles (l'Institut de Smolny Monastyr, fondé par Catherine II en 1764, pour l'éducation de 480 jeunes filles à l'imitation du Saint-Cyr, créé par M"^ de Maintenon). Elles ont représenté L'Indiscret de M. de Voltaire, Le Sorcier et Le Coq du Village (Gorheron, a. c, t, I, p. 141). Voir sur l'étude du français dans le= Ecoles de Jeunes filles les observations de Diderot (Tourneux, Dider. et Calh. II, p. 345).

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