CHAPITRE V LES RUSSES EN FRANCE. LES FRANÇAIS EN RUSSIE
Les étapes. Paris. — Le théâtre en français, subventionné par la Cour, était une école de langue en même temps qu'un témoin de la diffusion du français. C'est pourquoi je lui ai donné la place d'honneur, mais cette école, ni à Pétersbourg, ni dans les châteaux n'eût pu exercer d'action sur des gens non initiés. 11 fallait qu'ils eussent acquis ailleurs les éléments du français, et davantage encore.
Comment s'était faite cette initiation? Par les voyages des Russes en France, par l'enseignement des Français venus en Russie.
Les Russes en France. — Ce fut bientôt un dogme qu'il fallait être venu parmi nous pour dépouiller « ce vernis de gaucherie, suite ordinaire de la vie des écoles, acquérir quelques connaissances dans les belles-lettres, et s'exercer au talent de Terpsichore » ^
Strasbourg était une étape, la première. L'Université devint le rendez-vous où se groupèrent les étudiants moscovites. Le gouvernement en entretenait un certain nombre à l'aide de bourses ^ C'est là que Golitsin étudia. Pourtant, dans cette ville, encore tout allemande, et cette Université latine, on ne se sentait pas au cœur du pays français.
On alla à Angers, ville réputée de bonne langue. L'Académie d'équitation reçut des pensionnaires russes. C'est là que le comte Golovkin passa toute l'année 1773^ Il était impossible surtout de méconnaître Paris, qui était la capitale de l'art et de la beauté ;
l. Pour ces explorateurs étudiants, Betzki est chargé de rédiger un plan d'études à la française et de conduite, que personne, du reste, n'a jamais suivi Çllll) (Archives Kourakiii, t. VI, p. 381, dans Haurn., o.c, p. 100).
"2. Le nombre des étudiants était à Strasbourg annuellement de six à huit cents, dont à peu près trois ou quatre cents étrangers. Parmi les étudiants nobles non français, le recensement, pour les neuf années qui ont précédé la Révolution, est de : un Italien, deux Espagnols, deux Danois, cinq Suisses, six Flamands, trois Polonais, quatorze Suédois, vingt-sept Anglais, trente-deux Allemands et cinquante et un Russes (Laumond, Slatist. B.-Rhin, p. 213).
Catherine II entretenait annuellement à Strasbourg douze jeunes élèves de sa nation (Ib.).