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Histoire de la langue française. VIII. 33

c'était une vérité oflTicielle. Aussi, ce ne furent pas seulement les pensionnaires de l'Académie qui y vinrent étudier les beaux-arts', mais tous ceux qui désiraient se former à nos élégances et à notre vie sociale. Diderot écrit en 1773 à Falconet : « Nos hôtels garnis ne désemplissent pas de Russes ». Von Vizin, quatre ans plus tard, dit qu'il y en a « une masse ». Le futur Paul \" donne l'exemple. Voyageant sous le nom de Comte du Nord, il vint à Paris escorté du colonel Laharpe et fît sa visite aux trois Académies. Sa femme l'accompagna à l'Académie des Sciences, où Condorcet les harangua le 6 juin 1782. Paul I*'' alla voir aussi D'Alembert. Le pèlerinage se terminait souvent par une visite à Ferney . On allait saluer Voltaire, « la Minerve de la France » M La princesse Dachkov elle-même se crut obligée de lui rendre hommage. C'est en France que Zinoviev avait fait connaissance avec Saint-Martin, l'un des fondateurs de rilluminisme, qu'il avait rencontré à Lyon. Il se fit le propagateur de la doctrine nouvelle^.

Il y avait à Paris des Russes établis, dont le salon faisait centre, tel ce comte Golovkin, qui répondait à ceux qui lui demandaient quand il retournerait en Russie : « J'y retournerai le jour où on abolira les deux proverbes : « Je suis coupable, sans avoir péché », et « Tout est à Dieu et au Souverain » ^. Or les grands seigneurs fréquentaient chez lui et y rencontraient toute l'aristocratie française. Gœrtz, ambassadeur de Prusse à la Cour de Pétersbourg, écrit que Strogonov, après avoir fréquenté ce milieu, ne parle que de Paris '. C'est ainsi qu'il fut amené à confier à Romme l'éducation de son fils (1779)''. Celui-là du reste n'eut pas de peine à former son élève au français. A sept ans il savait à peine s'exprimer en russe'.

Une si brusque formation devait être assez dangereuse dans un pays neuf. Ceux qui le gouvernaient ne semblaient pas s'en apercevoir. Le passeport français faisait entrer toutes les marchandises. Il y eut des éducations à la manière de V Emile, de sorte qu'au

1. M. Uéau a donné récemment, dans un arlicle d'une haute précision, la liste de ceux qui, depuis 1760, furent envoyés à Paris, car tous les trois ans, de douze artistes, choisis parmi ceux qui avaient remporté des médailles, plusieurs venaient en France et en Italie recevoir un complément d'éducation (^Les artistes russes à Paris au XVIll- siècle. Rev. des Et. slaves, 19-23, t. III, pp. '286 et suiv.). Cf. le livre du même, Hist. de l'Expans. de l'Art fr. mod., p. "Toi.

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