Voir Pingaud, o. c, p
4. Dès 1765, nous voyons Voltaire se char2;er de rechercher pour Catherine II des institutrices de Genève et du pays de Vaud (Rambaud, Paris et Saint-Pétersbourfj).
Le comle de Ségur s'étonne encore de l'audace avec laquelle certains Français s'étaient présentés et de l'inconscience de ceux qui les avaient admis chez eux pour faire l'éducation de leurs enfants. « Les Russes, dit-il, auraient dû plutôt s'accuser euxmêmes de la facilité inconcevable avec laquelle ils accueillaient dans leurs maisons des individus dont aucune attestation recommandable ne leur garantissait les talents et la probité, et leur donnaient même des places de confiance ».
C'était en effet une chose curieuse et souvent plaisante que de voir quels étranges personnages, dans plusieurs maisons, à Pétersbourg et principalement dans les provinces, on acceptait comme outcliUels, c'est-à-dire gouverneurs et gouvernantes d'enfants. On voyait abonder en Russie un grand nombre de Français peu recommandables, parmi lesquels se trouvaient même des femmes galantes, des aventuriers, des femmes de chambre, des domestiques, déguisant leur ancien état avec adresse et leur ignorance sous les formes d'un langage assez poli. Ces outchitels étaient méprisés, mais on considérait qu'on ne pouvait pas se passer d'eux : La fin justifie les moyens ^
Il ne s'agit pas ici de tenter une réhabilitation. Il faut dire pourtant qu'un certain nombre des Français d'exportation ont joué un rôle honorable et qui n'avait rien de compromettant pour notre renom. Pingaud écrit à ce propos dans Les Français en Russie : « La classe la plus nombreuse de Français-Russes était celle des gens se disant écrivains, ayant offert leur plume et devenant rédacteurs dans les bureaux officiels ou secrétaires dans les familles riches, et surtout celle des précepteurs ou professeurs... Parmi les premiers on pourrait citer beaucoup de noms dont le temps a fait complètement justice : Du Haussay, Villiers, Maudru, Marcillac, Simon, Mandrillon, Girard, mentionnés dans les correspondances de l'époque comme poètes ou publicistes, n'ont laissé que peu de traces.
« Les seconds sous le nom d'à outchitéli)), furent, malgré l'obscurité de leur origine et leur condition dépendante, les apôtres et les missionnaires de l'esprit nouveau... On les trouvait dans chaque maison seigneuriale... un gentilhomme du Vivarals, Vaumale, passa
1. Romme écril non sans dépit à la mère de son élève : « Mon devoir seul me fera accompagner votre fils dans la société. Le discrédit et l'espèce de déshonneur dont sont couverts les gouverneurs dans ce pays-ci alarment trop ma délicatesse pour que je n'aie pas la plus grande attention de n'inquiéter que le moins possible, par ma présence, ceux de votre société qui auraient de la répugnance à respirer le même air qu'un oulchilcl. C'est déjà d'après ma propre expérience que je plains de tout mon cœur les êtres sensibles qui sont réduits à courir ici la même carrière que moi » (G<'-Duc Nicol. Mikaïlovitch, Le Comte Paul Stroganov, t. 1, p. 32).