LES RUSSES EN FRANGE. LES FRANÇAIS EN RUSSIE
vingt-trois ans auprès de Potemkin, comme instituteur, puis comme secrétaire » \
Au-dessus des outchitels. — Certains professeurs nous ont fait honneur : Duvernoy, qui enseigna pendant près de vingt ans l'anatomie et la chirurgie à l'Académie des Sciences; c'était un Montbéliardais, appelé de Tûbingen, mais ayant étudié à Paris; Desessarts, « le médecin des enfants », l'inspirateur anonyme de plus d'un chapitre de VEmile, qui vint faire connaître à la Russie le bienfait de l'inoculation variolique.
Un autre groupe est formé par Charpentier (l'auteur de la première grammaire russe rédigée en français"), par Lévesque et Clerc, qui s'essayèrent à réunir en corps d'ouvrage les annales d'un peuple encore mal connu en Occident ^
Tout bien compté, comme l'a écrit Voltaire à la marquise Du DefTand, le 18 mai 1767, c'était, quel que fussent les maîtres, un prodigieux avantage « qu'on parlât français à Astracan, et qu'il y eût des professeurs en langue française à Moscou ». Aventuriers, soit, mais ce sont ces aventuriers, hommes et femmes, qui firent du français la seconde langue de la Russie. Je les comparerais volontiers aux boucaniers ou flibustiers qui sont à l'origine de plusieurs de nos colonies. Si beaucoup n'ont pas honoré notre moralité, ils ont servi nos intérêts intellectuels, et ceux des Russes^.
t. De même, un certain comte de Salins était secrétaire de Betski (Pingaud, o. c, p. 87).
2. La première édition est de 17(38, la 2« de i791, la 3'^ de 1795, la 4^ de 1805. L'œuvre fut imprimée à l'Académie Supérieure des Sciences. On lit dans la Préface de la l** édition (p. 4) : Les parents, entraînés par le torrent de l'usage qui veut que leurs enfants apprennent une langue étrangère, au préjudice de la leur propre, les parents, dis-je, sont obligés de prendre pour maîtres des personnes qui ignorent absolument la langue russe, parce qu'il leur serait presque impossible d'en trouver qui la sçussent.
3. Lévesque, protégé par Diderot, entra en qualité de professeur de littérature à l'École des Cadets. Clerc dirigea l'établissement à Moscou d'un hôpital sur le modèle de la Charité à Paris. On le trouve ensuite attaché à la personne du tzarevitch et au corps des Cadets. Il devint le collaborateur de Betski, et un pédagogue, au moins en théorie. Il rédigea avec la collaboration de son fils une Histoire de la Russie ancienne et moderne (Pingaud, o. c, p. Dl-O'î).
4. Pour se rendre compte du changement opéré dans la société russe par ces outchitels si méprisés, il convient do se souvenir qu'au xviii<* siècle, des jeunes gens de très bonne famille, tel un Vassili Golitsin, n'avaient appris à écrire qu'après leur service militaire. On imagine la transformation, quand ce fut au berceau que des gouvernantes françaises prirent les enfants, qu'ils apprirent en français leurs premières chansons, qu'ils commencèrent à lire.