Taslevln, o. c, p
2. Il faut rappeler ici que, par d'autres voies, l'allemand avait aussi profondément pénétré le russe. Le vocabulaire administratif et militaire fourmillait d'éléments allemands, gcneral-polilzmeisler, ober-politzmeister, general-procuror, (jeneral-zahlmeister ;
C'est après 1789 que Krvlov (1768-1841) commença la publication de sa revue satirique : La Poste des Esprits. Mais cette revue n'étant nullement dirigée contre le mouvement révolutionnaire, c'est ici qu'elle nous a semblé devoir être mentionnée. Ce qu'il attaque, c'est la gallomanie, dont nous avons parlé plus haut, et les petites machines à talons rouges dont il raille les grâces prétendues, et les engouements. 11 s'en prend aux outchitels et aux gouvernantes. On y lit une correspondance drôle entre un frère et une sœur. Le frère écrit qu'il est sans le sou, qu'il est à peine échappé à la potence, que la police est encore sur ses traces, la sœur s'attendrit sur son sort et lui conseille de venir en Russie se faire « outchitel ». Le frère objecte qu'il ne sait rien, pas même lire en français. La sœur l'encourage en lui écrivant : « C'est une bagatelle, cela ! Arrive, cher ami, tu es Français et, comme tel, tu exerceras en Russie le prestige d'un homme instruit ».
En 1793, Krylov publiera le Mercure àe Saint-Pétersbourg. Il s'en prend à la langue littéraire de Karamzin, bariolée de mots français comme on eût pu le faire dix ans plus tôt. La leçon à mes filles est une sorte d'adaptation des Précieuses ridicules. Les souffrances des deux jeunes filles que le père enferme dans leur chambre en leur défendant de prononcer un mot de leur cher français sont d'un comique achevé.
Un retour sensible s'observera chez Karamzin. Dans la première partie de son œuvre l'influence française était si forte qu'elle l'avait poussé à galliciser à l'excès. Au retour d'un long voyage qui 1 avait conduit en France, où il observa avec sympathie le caractère français, il se dégagea de l'emprise. Ce fut une conversion dont sa langue profita. YJ' Histoire de l'Empire de Russie est beaucoup plus pure que ses écrits antérieurs. 11 a retranché de son style, avec les mots slavons de Lomonosov, les gallicismes les plus voyants.
burg-meisler, etc. De même : felJ-niarschall ; feldzeugmeister, oLcrst (colonel), rotmetster (ail. ritimeister), fehl-febel (ail. feldwebel), etc. Le hollandais avait fourni aussi. Les idées anglaises eurent cours, la langue non.
Histoire de la langue française. VIIL