CHAPITRE PREMIER LE REFUGE
Avant-propos. — Lamprecht a dit que l'influence française au xvii-xviii" siècle avait été plus loin que l'introduction d'éléments isolés de culture, et qu'elle avait fini par arriver à la pleine acceptation de son idéal même ^ Les mots sont graves, mais jusles. L'Allemagne cultivée, celle qui bâtit et celle qui chante, celle qui écrit et celle qui s'habille, celle qui philosophe et celle qui bavarde, s'inspire alors de la France au point d'en être dominée.
Les causes, nous les avons vues déjà'. Aucune n'était proprement nouvelle. Mais toutes agissaient plus fortement que jamais. « A qui, dit M""' de Charrière, dans ses Obse/vations ei conjectures politiques, la France doit-elle cet agréable empire qu'elle exerce bien plus sur l'Angleterre, l'Allemagne et la Hollande que sur l'Italie et l'Espagne, à qui, si ce n'est à ses réfugiés, répandus dans tous les pays protestants ? Sans eux la Cour de Berlin n'aurait pas été française, le feu roi de Prusse n'aurait pas écrit en français ; son frère, le prince Henri n'aurait pas entendu avec cette finesse les hommages qui lui ont été rendus en France, et n'y aurait pas répondu avec cette sensibilité. Grâce aux instituteurs français, les enfants hollandais et allemands apprennent La Fontaine par cœur dès qu'ils savent parler » ^
J'avoue que je serais plutôt avec ceux qui estiment que, sans les Réfugiés, l'influence française aurait agi puissamment encore au xvin" siècle, et que, si elle a été moindre en Italie et en Espagne,