Tollin, Die fr. Colonien in Oranienbunj , p
Le français des Réfugiés s'altère. — Il est incontestable que chez des o-ens peu instruits la corruption de l'idiome alla grand train \ Des hommes qui avaient une fonction en arrivèrent à n'écrire plus qu'un français barbare. Mais allons progressivement, et regardons avec prudence.
Voici un exemple donné par Tollin, où la seule orthographe des noms propres est atteinte : Les troupes huguenotes renforcèrent l'armée sur le Raim (Rhin). Parmi les Réfugiés une partie étaient originaires de la ville d'Estrasseburg (Strasbourg). Le Presbytère de Magdebourg se mit en rapport avec le Consistoire d'Abrestadt, afin de venir en aide à des ouvriers établis. D'autres étaient immigrés d'une ville nommée Allés (Halle). — Si l'on considère que les noms écorchés sont allemands, c'est un indice que cette langue est mal connue de ceux qui écrivent. Il en est autrement quand des noms français sont orthographiés d'une façon incompréhensible, comme par exemple le baron de Ceumpole (Saint-Paul)^.
Ph. Chasles donne le spécimen qui suit : « Vous avez dû entendre ici une langue bien autrement bizarre, le français réfugié. Tel vous donne son adresse par- terre, ce qui signifie « an rez-de-chaussée »; tel autre vous fait remarquer que les deux allées des Linden sont destinées aux Chevaliers, c'est-à-dire « aux gens à cheval ». Un troisième vous prie de contempler Véchiffre de la statue de Frédéric; il entend par là le « piédestal » ^
L'inspecteur de fabrique Trénoy signe des phrases comme cellesci : « Je me gaide [jette] de Réchef [derechef] à vos pies avec un humble et profond respect. Je serez charmes de pouvoir satisfaire ceux qui mont charges de leur [les] instruire de letat de lindustrie. J'espère de Vous une Sndeere [entière] grâce. Je remederez les billiet à un chaqun, sansen perter [perdre] un seul. Je voudrais accepter loffer [l'offre] fait. Sy sétoit le bon plisire de son Excellence, Mr Dr. doipt partire lundy prochein ».
Un autre écrit : « Javons toujour trouve lajustisses est lequite auprex De vous. Je venons nous la reclamer. Nous sommes oblige davoir recour à voter esquites, de nous protejer conter les pasteur de brebis » (1733)\
Passons sur l'orthographe. De grands personnages de France au xvm* siècle n'en avaient pas d'autre. Mais les mots sont profon-
1. Sur la langue des Réfugiés, voir H. Urlcl, Dio Hngucnollen-Sprache in Friedrichsdorj (Allgem. Zcilumj. Beilage, n» 135, 1902); cf. R. IL L., t. X, p. TM ; inUet (A.) Archiufur dus SUidlum der. neu. Spr. und Lllter., t. GX, p. 709).