‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 417 sur 595 · Tollin, o. €., t. I, p · texte numérisé non relu

Tollin, o. €., t. I, p

dément altérés \ les conjugaisons oubliées, les nombres et les genres confondus. Le deuxième texte est nettement du français dialectal germanisé. L'allemand pénétrait de toutes parts ce français des Réfugiés. Les deux langues alternant souvent, nous l'avons vu, dans un même registre, ou dans un même acte', en arrivèrent à se mêler dans une même phrase.

Au reste, un des correspondants de Grégoire, qui a vu de ses yeux, a écrit là-dessus un mot décisif: « la Prusse fourmille de gens qui savent plus de patois que de français, mais ils parlent tous allemand » ^. Le temps était loin où le landgrave de Ilesse- Hombourg, Frédéric II à la Jambe d'Argent, en jugeait comme il suit : « Ils [les Réfugiés] ont gardé, disait-il, avec un soin jaloux,

une susceptibilité ombrageuse, la langue de la France Leur

parler français est celui du beau moment; il est intact et restreint; aucune mixture n'est venue l'altérer ni l'enrichir; il n'a rien acquis, il n'a rien perdu » ^.

Le « STTLE RÉFUGIÉ ». — Il uc faut pas confondre ces altérations avec la façon d'écrire que l'on a souvent censurée sous le nom de style réfugié et dont je voudrais dire ici un mot pour n'y plus revenir. C'est Voltaire qui a mené l'attaque principale contre ce stylet Si, une fois, il a dit du bien de Jacques Lenfant (-j-1728) et lui a accordé qu'il « contribua plus que personne à répandre les grâces et la force de la langue francoise aux extrémités de l'Allemagne»'',

i. Ce qui y trahit l'influence de l'allemand, c'est surtout l'Iiabitude de substituer e -h cons. à cons. -+- e : ojjer au lieu de offre.

2. Tollin a étudié à ce point de vue le Registre des Mariaije.-! hénis dan'! l'Eglise française de Relnsberg, depuis son établissement à Cagar et dans les lieux voisins ; le Registre des Baptêmes, administrés dans les Eglises de Braunsberg et de Cégar (sic), comme aussi dans les lieux voisins; \c Registre des Sépultures dans l'église française de Reinsbcrg, depuis son établissement à Cagar et dans les lieux voisins; et le Chapitre de la Recepte des deniers des pauvres. Lorsqu'on 1726, et même en 1754, un nouveau Registre était entamé, on le commençait toujours en français. Et cependant, de tous côtés, comme à travers une digue qui se rompt, l'allemand y fait irruption. Pendant plus de quarante ans le français est correct ; néanmoins dans le Registre des mariages de 1727, de la colonie de Rheinsberg, on lit ce qui suit : « 3 Juin beny à Mecrkazenheyde le Mariage d'entre Caspar Dietrich. Christ. Lulherischer Religion, ein Schneider, wahnhajt bei seinem Brader allzeil gewesen in Cagar, et Elisabeth Loiselet, native de Stoorbeck, Vater und Mutter waren Refug. Franzosen ». Ensuite, le registre continue en français, comme si de rien n'était (D/e /r. Colonien..., p. 28).

3. Lelt. à Grég., p. 86, n. o. Le témoignage vient d'Auch. 11 est signé d'un homme qui (c avait fait le tour de l'Europe ». On comparera les dires de Dieud. Thiébaut (i6., p. 329).

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