‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 418 sur 595 · Cité par J. J. Weiss, Au pays du Rhin, 1886, p · texte numérisé non relu

Cité par J. J. Weiss, Au pays du Rhin, 1886, p

3. Voir en particulier Correspondance, t. II, pp. 289 et 439.

6. Siècle de Louis XIV, Gâtai, desécriv., art. Lenfant et Saurin ; cf. Hatin, Hist. Presse, t. II, pp. 293 et suiv.

il s'est montré, en général, très sévère pour « le style réfugié ». Il ne fut du reste pas le seul. Les plus bienveillants essayaient d'expliquer ces déformations : « Si vous me demandez pourquoi ces Journalistes, dont la plupart sont François d'origine, écrivent si peu correctement, je vous dirai que, nez dans un païs où la langue s'est abâtardie,... il est bien difficile qu'ils puissent éviter les mauvaises expressions, et le tour de phrase Hollandois dont leurs oreilles sont continuellement frapées ; malgré toute leur aplication, ils mêlent toujours à leur stile un air étranger; les François, même réfugiez, qui ne sont point attentifs là-dessus, le prennent à la longue, à peu près comme ces Sçavans, qui à force de lire d'anciennes Chartes d'un latin barbare, perdent cette fleur de politesse que leur avoient donnée les Auteurs du siècle d'Auguste. C'est pour la même raison que le François est si corrompu dans les Provinces du Royaume » *.

On a discuté de nos jours moins sur les faits que sur leurs causes. Voltaire, dit Ch. Weiss, attribue l'infériorité relative du langage des Emigrés à leur tendance à copier les phrases incorrectes des premiers réformateurs. Il ajoute des considérations très judicieuses sur la naissance et l'éducation provinciale de la plupart d'entre eux, sur la fréquentation continuelle des versions de la Bible, des psaumes, qui invétéraient dans leur langue l'esprit du vieux français. Mais ce ne sont là, observe-t-il, que les causes accessoires de la pureté moindre du français réfugié. Les véritables causes de cette altération sont les relations de chaque jour qui s'établirent entre ces familles expatriées et le peuple si différent au milieu duquel elles vivaient, et l'impossibilité de perfectionner davantage une langue dépaysée, qui était devenue stationnaire et comme pétrifiée depuis qu'elle ne participait plus aux modifications introduites par les grands prosateurs du xviii* siècle''.

Combes a dit à son tour : « Le langage réfugié... n'est autre chose qu un certain ensemble de locutions vieillies ou improprement appliquées, de constructions embarrassées et de tours elliptiques obscurs, en tout l'usage d'une syntaxe devenue incorrecte et d'un vocabulaire suranné. Ce français un peu appauvri se parlait dès longtemps aux abords de la France, à Genève surtout, dont la réformation avait fait une vraie colonie de réfugiés français. Seulement cet air étranger et cette raideur un peu gauche ne commencèrent a devenir sensibles que lorsque la société élégante, qui ne

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