‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 419 sur 595 · Ilisl. des Réf. prolesl., t. II · texte numérisé non relu

Ilisl. des Réf. prolesl., t. II

faisait que de naître, se mit elle-même à épurer et à polir son langage et à faire la loi aux auteurs.

«... Cette langue attardée et relativement corrompue ne prit pied qu'à la longue dans les diverses colonies françaises de l'émigration, et c'est moins de là que les écrivains réfugiés reçurent le caractère particulier qui distingue leurs écrits que de leurs goûts de style et de la manière générale d'exprimer leurs idées» '.

De Prémontval et son Préservatif. — De Prémontval' essaya d'arrêter cette lente décomposition. 11 publia un Préservatif contre la corruption de la langue française en France et clans les pays oii elle est le plus en usage, tels que l'Allemagne, la Suisse et la Hollande^. Ce livre fit un certain bruit, et amusa la Cour de Prusse*. Qu'il y ait, dans le Préservatif, du parti pris, de la haine même, c'est chose qui est hors de doute. Prémontval s'attaque particulièrement à Formey ^, qu'il raille non sans verve. Il s'en prend aussi à Mauvillon, et à ses Remarques sur les germanismes^', où l'auteur « commet plus de barbarismes qu'il n'en reprend ». Aucune des grammaires alors publiées en Allemagne ne trouve grâce devant lui. Des Pepliers, Curas, Paradis, Forel surtout (?), sont tour à tour censurés, ce dernier en raison surtout de ses inconvenances". Son grammairien, à lui, c'est Restant, sur lequel il ne tarit pas d'éloges ^ Mais il connaît et cite les autres autorités de la langue, depuis Vaugelas.

Prémontval déclare qu'il n'est pas « puriste ». Le purisme, suivant lui, est une superstition dans le langage ? '* Mais il hait l'incorrection, surtout celle qui travestit la pensée. 11 a l'horreur des équivoques, des calembours, des « pagnoteries » (?) qu'il a entendues en Suisse et en Hollande, retrouvées ensuite en Allemagne'".

i. Les Réfutjiés de la Révoc. en Suisse, p. 224-223.

2. C'était un Français, ne à Charenton, dont la vie paraît avoir été assez aventureuse. Il fait allusion, dans son Préservalif, aux Conférences qu'il donnait à Paris(t. I, p. 397, et t. II, p. 143). C'est là qu'il avait fait la connaissance d'une jeune fille, qu'il épousa du reste. On ne sait pas au juste pourquoi il s'enfuit avec elle déguisé en jockey, et grâce à une libéralité de Fontenelle. Arrivé à Genève, le couple se convertit au protestantisme. Prémontval s'enfuit ensuite à Bàle, où il enseigna, puis en Allemagne, et s'établit à Berlin (4732), où il fonda une maison d'éducation, et où sa femme devint la lectrice de la Princesse Wiltielmine, épouse du Prince Henri (voir Bartholmèss., o. c, t. II, pp. 207 et suiv.).

3. Berlin, 1759-1762, 2yo1. in-8°. Ce livre, introuvable en France, m'a été communiqué par la Bibliothèque de Berlin. On m'excusera de m'y arrêter quelque peu. Cf. du même des Vues philosophiques, ou il étudie les causes de la diffusion du français.

4. Voir Bartholmèss, o. c, t. II, p. 208. Son principal défaut est la prolixité.

Page 1