‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 421 sur 595 · Cf. le Résumé gravé qui commence, 1. I, p · texte numérisé non relu

Cf. le Résumé gravé qui commence, 1. I, p

3. Ce Champenois, professeur do français à Berlin, jouissait d'une immense réputation. Il fut encouragé par Frédéric II (cf. von Dohm, Denkwiirdijkeiten, t. V, p. 233)» Il fut, à partir de 1765, professeur de Grammaire générale à l'Ecole militaire de Berlin. 11 publia en 47i7 des Remarques sur les germanismes. A son dire, il en avait trouvé jusque chez Formey (voir Lettre du 18 fruct. an II, dans Lettres à Grégoire, pp. 328-330).

•4. A Francforl-sur-l'Oder, par exemple, M'"'^ von Marwitz paie annuellement 20 Ihalcrs pour sa loge à l'église française, M""^ von Gersdorf aussi 20 thalers ; M"^ Rhodo paie pour sa place 5 tlialers, 12 gros(Tollin, o. c, t. I, p. 454).

5. Le 14 mars 1756, le pasteur Erman était appelé pour prêcher en français dans la chapelle de Sophie-Dorothée, veuve do Frédéric-Guillaume 1" et mère de Frédéric le Grand. Le 13 mai il parle devant la Reine Elisabeth-Christine, épouse de Frédéric (Erman, Sermon prononcé dans te temple de Werder, le 9 décembre 1804 pour le Jubilé de son Ministère, p. 8 et n. : cf. Eloge hist. de M. Reclam, p. 15, n.).

6. Le 7 octobre 1762, à la confirmation du prince héritier de liesse, Frédéric-Louis-

Les colonies huguenotes formaient des centres d'attraction où les amateurs de langue française, si nombreux alors, se portaient, et où, comme ils étaient souvent haut placés, une foule de courtisans les suivaient'. La mode aidant, des Allemands allaient jusqu'à se faire recevoir membres de la colonie "; mais, sans pousser si loin le zèle, il était tout naturel qu'on profitât des occasions qui s'offraient d'avoir des leçons pratiques de français chez soi. L'église offrait les unes, l'école offrait les autres.

Plusieurs écoles françaises spécialement faites pour les Réfugiés ont été célèbres, tel ce Collège français de Berlin dont nous avons déjà parlé ^ En 1738, les études classiques y étaient en décadence, mais le pasteur Naudé les restaura. Erman y fut professeur avant d'en être nommé principal (1766)^. Des hommes remarquables en sortirent en grand nombre '\

Partout les cours et les écoles françaises semblent avoir été fréquentés par les enfants allemands. Ces maisons étaient en effet ouvertes — sinon librement, du moins jusqu'au point où un trop

Giiillaume-Clirétien, Jean Cl»risfophe Roques, pasfeur de l'Église française de Homboiirg, fut appelé à faire le discours, qui fut prononcé en présence de « LL. AA. SS. Madame la Landgrave Régente, Mesdames les Princesses de Hesse et de Solms, les Cavaliers et les Dames de la Cour, Messieurs les Conseillers, Assesseurs et Secrétaires, Messieurs les Pasteurs des Eglises Réformées, les Anciens des deux Eglises, Françoise et Allemande de la ville, et autres personnes invitées à cette cérémonie, qui s'est faite dans une des salles du Château «.

Voir Jean Christophe Roques, Premier Chapelain de S. A. S., Conseiller Ecclésiastique et Pasteur de l'Eglise Françoise de Hombourg, Discours sur la (jloire attachée à la profession du Christianisme, prononcé le 7 octobre '1762 à l'occasion de la Cérémonie de la Confirmation ou de la Ratification du ^'œu de Batème de S. A. S. Monseigneur Frédcric-Louis-Guillaume Chrétien, Landgrave de Hesse, etc., Prince Héréditaire de Hesse Hombourg, etc. A Francfort-sur-le-Mein, chez Knochet Eslinger, 176^2, n. 27-28.

i . A Clèves, de nombreuses familles de la ville allaient écouterles sermons à l'église de la colonie française. En ■i7io, les familles von Spaen, von Rvnsch, von der Recke, von Viereck, von Svberg, von Striinkede, von Diepenbrock et le comte de Byland possédaient dans l'église française « un banc fermé pour six personnes, à la droite de la chaire, près des sièges des Anciens, sous le chœur », banc pour lequel ils payaient à la communauté 6 Roichsthaler par an. La fondation Bedburg,pour dames, avait aussi deux bancs àl'église française (W. Bôsken, Die franziisische Geineinde zu Cleve, Heft I, p. 43).

A Hildburghausen l'office était également très fréqtienté (voir Grobe, Das Gymn. academ., Prog., 1879, p. 18, dans Dorfeld, o. c, p. 6).

2. « Nombreux sont les Allemands qui se firent recevoir membres de la colonie française et cela jusqu'en 1791 ; la raison principale était la grande prédilection qu'on avait pour lalangue française, il était de plus de bon ton d'être membre de la colonie française « (Bôsken, o. c, p. 16).

3. Voir H. Schoen, Un lycée français en Allemagne, t. H, pp. 131-160.

4. Voir Erman, Elo<je lùst. de M. Reclam, p. 4-3 ; Sermon 20 note, et 21.

3. En 1811, le Collège passa sous l'administration de l'État, et ses rapports avec le Consistoire, relâchés dès cette époque, cessèrenten 1873. Dans l'adresse de félicitations que le Directeur et les professeurs de ce Collège envoient au Consistoire le 29 octobre 1883, à l'occasion du 2^ centenaire de l'Eglise du Refuge, ils déclarentse rappeler toujours que « le Collège n'existerait point s'il n'y avait pas eu de Colonie française à Berlin » (voir D"' Richard Béringuier, Ausfûhrliche Beschreibung der Feier, p. 78).

grand nombre d'élèves aurait été une gêne — aux familles allemandes qui y envoyaient leurs enfants, garçons ou filles '.

A d'autres endroits, on voit des adolescents suivre leurs maîtres aux cafés français des Huguenots, y lire les journaux, y converser, comme dans un cercle, où l'utilité se mêlait au plaisir»-.

Réservoir de personnel. — Ajoutons que, en raison des méthodes employées dans les écoles allemandes elles-mêmes, presque partout où la conversation et les exercices pratiques jouaient le plus grand rôle, on préférait de beaucoup mettre les enfants entre les mains de professeurs d'origine française, et que les Réfugiés trouvèrent là un métier à exercera Quand la mode battit son plein, le nombre des personnes capables d'enseigner le français était bien inférieur à ce qu'il eût fallu, et on voit toute sorte de gens embrasser une profession sinon lucrative, du moins acceptable. Des coiffeurs, des modistes (couturières) s'improvisaient maîtres ou maîtresses de langues, en dépit de leur ignorance ou d'un accent défectueux ^.

Le Refuge avait mieux que cela à offrir, malgré quelques inconvénients dus à l'expatriation, souvent ancienne, des familles.

1. Ainsi l'école de charité de Berlin (voir Muret, o. c, pp. lo7-i62); l'école des orphelins de Magdcbourg (voir Tollin, o. c, III, I, C, p. 827).

"1. Le fait est signalé à Erlangen. En 1741, c'est Claude Victor Narboud de Belleville qui enseigne le français à l'Académie d'Erlangen, ainsi qu'il ressort de la publication intitulée : A^ac/irJc/ii ron der geijenumrtujen Verfassung (1er Ritlerakademie und des Seminarie zu Chrislian-Erlamj. Contre 4S0 florins par an il fait connaître à ses élèves la grammaire, le Nouveau-Testament — en français — Tèlémaque, et les Lettres de Bussy-Rabutin.

Afin que les élèves profitent davantage de leurs études de français, on le leur faisait parler aussi pendant les récréations, ^'oici d'ailleurs ce que le Directeur dit là-dessus : « Afin que vous puissiez vous perfectionner dans les langues occidentales, riches en livres judicieux, nous tiendrons assemblée tous les mercredis et samedis l'après-midi, dans le plus grand réfectoire de l'Académie, pourvu des dessins et tableaux nécessaires. Les lundis et jeudis, vers les quatre heures, vous pourrez vous rendre dans les cafés français, où on lit des journaux français et l'on discute là-dessus. De plus, il faut que la conversation pendant les repas ait lieu en français, en lalin, ou en italien, sur des matières choisies et variées ; car Conversations et bons discours à table Sont deux écoles fort notables, disent les Français » (Dorfeld, o. c, p. 5).

3. D'accord avec Frédéric II, le ministre Zcdlilz en avait fait une règle à peu près absolue (Dorfeld, o. c, p. 19).

4. Les maîtres de langue, dit Tollin, poussèrent comme les champignons ; tout marchand devient professeur, et entre 1698 et 1740, on vit la demeure d'un « professeur » ne le céder en rien en luxe et en élégance à relie des nobles allemands.

Celui qui ne comprenait point l'allemand devait au moins faire semblant de le comprendre. Les Allemands se sentent même lionorés lorsque les Français, ne pouvant point prononcer leurs noms, les leur francisent ; ainsi de Spanheim ils font Dcspanèn, de Knippliausen, Quenipause, etc. (o. c, t. 1, p. 4oi-45o).

Kn 1777, nous trouvons dans le Magasin à l'usage des deux nations et des deux sexes l'indication suivante: « L'Allemagne fourmille actuellement de personnes qui se disent maîtres de langues, semblables au Médecin malgré lui de Molière » (cette phrase est en français dans le texte) (Lehmann, o. c, p. 21-22).

Quelques Réfugiés, il faut le dire, n'étaient pas des érudits, et ont dû contribuer à nous faire la réputation de mauvais géographes que nous avons eue en Allemagne '. Cependant plusieurs témoins sérieux ont rendu à leur zèle et à leur capacité générale un très bel hommage : « Dans la capitale et dans toutes les villes considérables des Provinces, écrivent Erman et Reclam, les Réfugiés ont établi des Pensions et des Ecoles dont on s'est prévalu ; les Pasteurs François dans toutes les Colonies, et même dans celles de la campagne, ont contribué à répandre et à conserver l'usage du François ; la Noblesse des environs leur confioit l'instruction des enfans et nous pourrions nommer ici des personnes du premier rang qui parlent avec reconnoissance des obligations qu'elles ont à cet égard aux Réfugiés qui leur ont servi d'instituteurs ou d'institutrices. Indépendamment de l'utilité de la connoissance d'une langue devenue d'un usage aussi commun, peut-on nier que ce ne soit ici un avantage que les Réfugiés ont procuré au pays?... l'on sait assez que rien n'est plus propre à étendre les idées et à former le goût

que la connoissance des langues cultivées Ainsi la Littérature

Allemande a certainement des obligations au Refuge qui a transporté en quelque sorte la France en Allemagne » ".

L'abbé Raynal, qui avait projeté d'écrire une histoire de la Révocation de l'Kdit de Nantes, avait à cet effet demandé des renseignements aux hommes les plus autorisés du Refuge français en Allemagne. Il avait établi un questionnaire où, entre autres questions, se lisait celle-ci : « Des naturels du pays ont-ils adopté la langue, les mœurs et les habitudes des réfugiés » ? M. Camille Couderc a trouvé dans les manuscrits de l'abbé Raynal plusieurs des réponses qui lui furent envoyées. D'une d'entre elles, je détache quelques lignes : « Depuis le Refuge, l'éducation des princes et des princesses n'a été presque confiée qu'à des Français. Dans toutes les grandes maisons on choisissait des gouvernantes françaises. Il y en avait beaucoup qui, étant elles-mêmes des personnes de condition et de très grande famille, ont fait des élèves que j'ai encore connus dans ma jeunesse et dont je me rappelle le ton, le langage, les mœurs avec admiration. De ce côté l'influence a été très grande » ^

t. On raconte qu'en 1794 Jacques Rubeau, qui dirigeait l'École des orphelins où il y avait trois élèves, pour enseigner aux enfants à écrire, leur donnait le modèle suivant à copier : « Bordeaux, capitale de la Guienne, à l'embouchure de la Garonne dans la mer Adriatique » (Tollin, o. c, t. III, I, G, p. 809). Néanmoins les inspecteurs se disaient contents des maîtres et des élèves.

2. Mém. pour servir à VHistoire des Réfugiés fr t. I, p. 305-306.

3. Note communiquée par feu Frank-Puaux, vice-président de « l'Alliance Française » .

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11 est impossible de citer des noriis : il y en a trop et il n'y en a point de célèbres. Disons seulement que les registres des paroisses, au contraire de ce qu'on constate au xvii^ siècle, sont pleins de noms de gens qui, à l'occasion d'un baptême ou d'un mariage, ont décliné leur qualité d' « Informateur de la langue française » '.

Je rappellerai aussi pour mémoire l'influence indirecte, mais réelle, qu'ont eue tant de Réfugiés entrés dans les services publics. Sous un roi à tendance gallophobe, cette influence eût été singulièrement réduite. Sous des princes comme Frédéric 11, elle agit puissamment, et on vit des armées qui combattaient et battaient la France commandées à la française^. C'est aussi un Français, le baron de Chambrier^ qui vint négocier à Versailles, en 1739, au nom du roi de Prusse, et qui, honoré plus tard de l'amitié du grand Frédéric, le représenta près du successeur du prince qui avait contraint son père à lexil.

Conclusion. — Si éminent que soit le rôle joué par plusieurs de nos compatriotes, il faut dire qu'il fut exceptionnel. En somme, quand on regarde de haut et de loin l'histoire des proscrits du Refuge, avec quelque faveur qu'on puisse considérer leur action sur la diffusion de la langue française, elle n'apparaît pas comme prépondérante. 11 était fatal qu'ils fussent impuissants à assimiler la masse énorme au milieu de laquelle ils se trouvaient jetés. Que lui apportaient-ils d'autre dans leur misère que l'exemple peu contagieux de maux noblement soufferts pour le salut de leur âme et la

1. C'est ainsi qu'à Magdebourg on trouve en 1719 Daniel (le)RoY; en ITil André Lègue et Samuel Cumenge ; en ilir> Fleury de Salem et Charles Auguste Quilletle ; en 1726 François Caslan (ou Castange) et Elie Chimbert « géomètre, mathématicien et informateur de langue françoise » ; en 1734 Henri Roger; en 1740 Moyse Fleureton et Pierre Blisson ; en 1741 Pierre Baltliazar Arnal ; en 1743 Jean Louis Cuche, « Mathématicien, maître d'architecture militaire et civile, maître de langue » (Tollin, o. c, III, I, C, pp. 786, 830-831).

Il arrive souvent que les noms sont déformés : un Denis s'appelle Dainie, un Imbert, Imbâhr(voir Kirchhoff. o. c, p. 348-349).

Au reste un certain nombre de catholiques exerçaient aussi la profession de maîtres de langue : Louis-François Vigner, catliolique romain, voulant s'établir en qualité de maître de langue, avait été reçu bourgeois delà colonie française de Magdebourg (Tollin, 0. c, t. III, II, p. 161). On y trouve de la même religion en mai 1763 Bruno Pichot, de Pondevaux en Bresse; en septembre 1764. AnlhoineDumoiilin,de Liège; en novembre 1764, Jean Merckels, etc. (voir Tollin, o. c, t. III, II, pp. 118, 121 ; t. III, I, C, p. 83-2, etc.).

-• Il n'y avait pas moins de neuf généraux appartenant au Refugedansl'armée prussienne qui fit la Guerre de Sept ans — les plus distingués furent: La Mothe-Fouqué, Hautcharmoys, de Bonin, Dumoulin et Forcade (Weiss, o. c, t. I, p. 201 ; cf. Reynaud, 0. c, pp. 210 et suiv.). Le fameux corps de grands mousquetaires était composé uniquement de Français, et les premiers corps de cadets furent créés pour recevoir les fils des Réfugiés.

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