Voir Weiss, o. c. pp
conservation de leur foi ? Que représentaient-ils de la France ? Celle que leurs pères avaient quittée, intolérante et persécutrice, leur était odieuse, et son éclat extérieur, le brillant de ses fêtes, les raffinements de sa civilisation, les parures de son luxe leur apparaissaient comme l'œuvre corruptrice du démon qui choie les empires pour les aveugler et les perdre. La France qui succédait à celle-là, en admettant qu'ils la connussent, n'était guère faite non plus pour leur plaire. Les idées qu'elle défendait, — quoique beaucoup d'entre elles vinssent de pays protestants, — si dangereuses dans leurs audaces, pour tout dire si peu chrétiennes, en apparence au moins, étaient en contradiction avec les principes huguenots. Ce qu'ils pouvaient savoir de la Régence ou de la Cour de Louis XV n'était pour eux qu'un objet de scandale.
De la France déjà lointaine ils ne conservaient qu'un souvenir et leur langue, dont peu à peu la vie les contraignait du reste en général à abandonner l'usage exclusif. Ils pouvaient l'enseigner, non donner le désir de l'apprendre, parce qu'on n'étudie pas une langue sans la volonté de s'initier à la pensée et à la vie dont elle est l'organe. Leur présence l'aida à se répandre, on ne peut pas la considérer comme la source de la passion dont l'Europe se prit pour elle.
M""' de Staël, parlant de Berlin, a dit : « Le mélange des deux langues nuisait à la conversation... Néanmoins la liberté de la presse, la réunion des hommes d'esprit, la connaissance de la littérature et de la langue allemande, qui s'était répandue dans les derniers temps, faisaient de Berlin la vraie capitale de l'Allemagne nouvelle, de l'Allemagne éclairée. Les réfugiés français affaiblissaient un peu l'impulsion toute allemande dont Berlin est susceptible ; ils conservaient encore un respect superstitieux pour le siècle de Louis XIV ; leurs idées sur la littérature se flétrissaient et se pétrifiaient, à distance du pays d'où elles étaient tirées : mais en général Berlin aurait pris un grand ascendant sur l'esprit public en Allemagne si l'on n'avait pas conservé, je le répète, du ressentiment contre le dédain que Frédéric avait montré pour la nation germanique » '.