‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 423 sur 595 · L'Allemagne, ch. xvii, p · texte numérisé non relu

L'Allemagne, ch. xvii, p

Avènement et mariage de Marie-Thérèse. — Il fut un temps où le français était proscrit à la Cour. Dalayrac en rapporte une preuve curieuse. Parlant de Léopold I" (1640-4705): « Ce monarque, dit-il, répond à chacun fort honnêtement, et dans la langue de celui qui lui parle, excepté la française, qu'il entend pourtant bien, mais qu'il juge être peu convenable de parler à un empereur de la maison d'Autriche ; ainsi lorsque le marquis de Lusignan a audience, il parle français et l'empereur lui répond en italien » *.

Les choses devaient changer vite. Marie-Thérèse qui, par la force des armes, s'imposa comme Impératrice-Reine, avait épousé en 1736, sinon un Français de nation, du moins un Français de langue, un Lorrain, François". C'en fut fait fatalement des traditions qui avaient maintenu si longtemps ou l'italien ou l'espagnol à la Cour de Vienne. Montesquieu y avait constaté dès 1725(10 mai) que « chez les honnêtes gens le français tendait à prévaloir » ^ Désormais, il se trouvait être la langue paternelle des princes de la famille.

Les lettres de Marie-Thérèse à Frédéric II, comme celles des archiducs et des archiduchesses, sont en français '*. Le célèbre Collegium Theresianum eut un enseignement du français, dont les résultats ne tardèrent pas à se marquer. Le gouvernement de Vienne

1. Les anecd. de Pologne, t. II, p. 359. Cf. « Vous me demandez, écrit Des Noyers le '20 février 4659, s'il est vrai que l'empereur a défendu à ceux de sa cour de se vêtir à la française ? Je sais positivement que le défunt l'avait fait, et que même on n'osait parler français dans son anticliambre ; mais hors de là on reprenait l'habit et la langue française, qui est assez universelle à Vienne. Je n'ai point ouï dire que celui-ci ait renouvelé ceUe défense » (Letl. GXCV, p. 492-19;-)).

2. VoirGaedeke (Die Politik Œsterreichs in der Span. Erbfolgefraije, 1877) a publié des fragments de Proces-verbaux du Conseil de l'Empereur (l(i99 et années voisines), courtes notes prises au cours des séances par des secrétaires. On y trouve un mélange d'allemand, de latin, de français et d'italien (Vogué, Villars, t. I,"^p. 107).

.■i. Ueynaud, o. c, p. 196. Notre langue y est si universelle qu'elle y est presque la seule chez les honnêtes gens et l'italien y est presque inutile (Isoyraphie, Rev. de Paris, i" nov. 1906, p. 18).

4. Steinhausen, Gesch. des deiitsch. Briefes, t. II, p. 269-270. Cf. Frédéric, Catherme II, Marie-Thérèse, Joseph II, Léopold s'écrivent en français (Sorel, Eur. et Révol.. t. I, p. 153).

appela même des colons français et on les lui donna. Nos soldats, après Austerlitz, furent étonnés de rencontrer leurs descendants en Moravie \

Changements a la Cour et dans la Société. — La Cour se francisait. Les modes de Paris s'acclimataient, pour un demi-siècle "^ Personne n'a mieux montré que le Hongrois Fekete le chano-ement qui survint alors dans la société viennoise : Quiconque porte ce titre [de Français], dit-il, homme du monde ou freluquet, reçu partout, sans assez de discernement parfois ; l'imitation française allant jusqu'à l'affectation, «à peine un mot d'allemand dans trois heures de conversation », et surtout, la comédie allemande et « les farces absurdes » ou équivoques de son Hanswurst « soutenues de quelques machines mal conduites » et dont la société choisie faisait naguère, « ses délices », désertées ou abandonnées aux officiers subalternes (( de seconde noblesse et tout au plus de cette partie de la première, que son mauvais ton exclut de la bonne compagnie n ; le spectacle français au contraire, seul couru, où jadis personne ne venait, où l'on déclarait s'ennuyer à périr, même aux chefs-d'œuvre ^

Désormais les manières allemandes y semblèrent presque aussi désuètes que l'ancienne étiquette à l'espagnole. François de Lorraine et son frère Charles avaient apporté avec eux un peu de Pair de France, aidés par le « ministre éclairé » que fut le francophile Kaunitz ^.

Livres et journaux français. — Vienne lut des livres français, et des périodiques parurent dans cette langue. C'était une des distractions des courtisans et un signe de politesse. Si bien qu'un véritable milieu se forma, où des gens venus d'autres parties de l'Empire prirent la contagion : tels les Hongrois qui servaient dans la garde et dont nous avons parlé.

La franc-maçonnerie installa des loges, et, sans qu'on ait beaucoup de détails sur son histoire, il semble bien qu'elle se soit tenue en communication étroite, là comme ailleurs, avec la maçonnerie française.

1. (c Nous eûmes séjour dans un beau village, dont tous les habitants étaient d'origine bourguignonne ou champenoise. Ils étaient enfants de colons envoyés par le gouvernement français à Marie-Thérèse, lors du mariage de Marie-Antoinette, pour cultiver la vio-ne ; ils v avaient prospéré et conservaient encore le langage, les mœurs elle costume de leurs pères » (voir Dupuy, Soiw. Mil'''"', p. 4(>).

2. Moore constate encore qu'elles n'avaient pas perdu faveur. « A Vienne, à l'exemple des autres femmes de l'Europe, les femmes ont... adopté les modes de Paris » (t. II,

p. 275, Lett. LXXXVI).

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