‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 424 sur 595 · Rhapsodies, dans Tronchon, Fekete, p · texte numérisé non relu

Rhapsodies, dans Tronchon, Fekete, p

Bien entendu, il y eut plus tard des revirements. Les lois qui assurent la succession dans les dynasties n'assurent pas la continuité des idées. Le Prince de Ligne se plaint amèrement que la politesse disparaisse depuis la mort de François I" ainsi que l'usage de parler français: « L'allemand, auquel on s'est remis dans la conversation, ôte l'urbanité que le règne de François I" avait apportée avec lui. Les tutoiements parmi les femmes, l'organe que cette langue nécessite, ont ramené la grossièreté dans le monde. On ne rit même décemment qu'en français. Les vieux seigneurs et les vieilles princesses accoutumés à le parler depuis cinquante ans sont les seuls polis. Quand le gosier et l'idiome autrichien s'en mêlent, qu'on juge ce que c'est qu'une gaîté ou une discussion dans ce pays-ci » '.

On a récemment étudié les Impressions françaises de Vienne.

Dans la seconde moitié du xviii* siècle, elles sont en nombre considérable et variées. C'est le théâtre qui fournit le plus, un recueil paru de 1732 à 1753 ne compte pas moins de onze volumes in-8". On édite les classiques, mais aussi Voltaire, Marivaux, Piron, Gresset, etc. Des romans connaissent la grande vogue, par exemple le Bélisaire de INIarmontel. H y a des traités relatifs aux Beaux-Arts, particulièrement aux Arts décoratifs, modes comprises, qui voisinent avec des œuvres édifiantes. L'Histoire elle-même y tient une place. Seule la Science n'est à peu près pas représentée. Elle attendait son heure".

Joseph 11. — Il n'abandonna pas une tradition déjà établie. Passionné de notre théâtre, il le resta même après et malgré Lessing. L'idée de faire uniformément de l'allemand la langue de ses États était d'ordre politique et ne lui paraissait nullement comporter l'abjuration d'une langue de Cour où il se plaisait. Au contraire, il accentua encore le caractère français que le prince Eugène, Louis de Bade, Bartenstein, Zingendorf, Kaunitz avaient donné à la vie de Cour viennoise ^ Vienne ne cessa de s'emplir de Belges et de Lorrains, chargés de procurer aux jeunes nobles l'éducation à la française qui plaisait aux maîtres. Il arrivait même à l'Empereur d'écrire en français à des généraux*.

Un fait, à lui seul, en dit long sur sa culture. Son bibliothécaire,

i. Mém., p. 158 (écrit à Vienne).

2. Voir Vera Oravetz, Les Impressions..., Szeged, 4930, iii-8°.

Page 1