Dans Baldensp, Mouv. dfs Idées Émigr., t. I, p
Création de l'Académie espagnole. — La création de l'Académie espagnole (Real Academia de la Lengua) est du 3 octobre 1714. Un organisme, qui s'inspirait de l'exemple de l'Académie française, ne pouvait que devenir un centre de résistance à l'influence étrangère*. Poussé par son directeur Villena, l'Académie fit diligence ; les six in-folio de son Diccionario de Autoridades parurent de 1726 à 1739. Si ce recueil avait des défauts, il n'en était pas moins une force nouvelle qui s'ajoutait à la tradition".
L'Académie — c'était son rôle — se montrait extrêmement prudente au milieu des nouveautés qui commençaient à tourbillonner autour d'elle. Il suffit de consulter son Dictionnaire de 1783. On y trouve enregistrés des mots techniques français: bayoneta, équipage, fusil, etc. Mais les mots de la Cour et du monde tels que cortesi'a, fontanelle, madama, etc., y occupent une place très modeste. Et il suffit d'y chercher des termes tels que : coquette, compliment, libertin, maîtresse, mine, objet, ravissant, toilette, pour constater qu'elle ne cédait pas à la mode ; aucun n'a été admis. Mais il y a mieux que cette opposition passive.
Feijoô. — Le bénédictin Feijoô (1675-1764), dont la renommée fut si grande, avait, dans son Théâtre critique, dit leur fait aux tenants de la langue française. Il y établit un Parallèle en forme et discute successivement, avec beaucoup de modération du reste, la valeur comparée des deux langues'.
1. « 11 y a des Espagnols, dit-il, pour qui rien n'est bien que ce qui est écrit en espagnol ou en latin. D'autres, qui sont en rapport avec les étrangers, ne jurent que par la France. . . Parmi eux et même en dehors d'eux, quelques amoureux passionnés de la langue française la préférant de beaucoup à la castillane... saupoudrent la conversa-
1. Un bon dictionnaire avait paru au xyiii*^ siècle, celui de Govarrubias y Orozco, bien connu des Français comme des Espaj^nols.
2. La Grammaire de l'Académie, qui devait faire autorité, ne parut qu'en 1771.