Voir fio" Tiiiébault, Mém., t. I, p. 171, n
o. Bartholmèss en a donné une histoire excellente mais partielle : Hist. philos, de l'Acad. de Berlin... particulièrement sous Fréd. le Grand. Il explique en détail sa formation, qui fut lente.
« L'inauguration se fit au château, à la fin de janvier 1744.... On attacha un secrétaire à chacune des quatre classes, et je fus choisi pour celle de philosophie. Il s'agissoit ensuite de publier des mémoires en françois, suivant l'intention du Roi — On me conféra le titre d'Historiographe de l'académi"-, et je donnai en 1745 un premier volume, qui fut dédié au Roi... » (Formey, Souvenirs d'un citoyen, t. I, p. 111-112).
Lagrange, Lalande, Algarotti, Lucchesini, D'Alembert, Tremblay'. Le Roi prenait du reste au début personnellement part aux travaux".
L'Académie eut pour premier président un Français établi et marié en Prusse, Maupertuis, que D'Alembert remplacera plus tard sans quitter Paris. Frédéric s'en fit le Protecteur et honora la séance d'inauguration d'une ode de sa façon... en français. Essentiellement internationale, la Compagnie eût pu continuer à publier en latin. Le Roi imposa le français \ Ce fut une surprise générale, car le latin régnait encore en maître dans bien des provinces du monde savant, et on n'avait pas perdu le souvenir de la mission donnée autrefois par Frédéric I" à l'Académie de rédiger un vocabulaire complet de la langue allemande. Au reste, parmi les membres, un certain nombre n'étaient pas capables de rédiger leurs mémoires en français correct. Mais le maître était décidé, suivant la curieuse expression de J. de Muller, à ne pas « battre le briquet avec une pierre à fusil allemande », et tout le monde obéit ^.
On croyait, dit Bartholmèss, imiter l'Académie des Sciences de Paris, laquelle, à la mort de J.-B. Du Hamel (1706), avait chargé Fontenelle de rédiger en français son Histoire et ses Eloges'. Énorme méprise. Si l'on eût eu pareille intention, c'est l'allemand qu'il aurait fallu choisir. Mais est-ce bien là la vérité ?
Maupertuis et Formey nous ont dit les raisons qui justifiaient cette décision : « L'utilité des académies, suivant le premier, ne se renferme pas dans les limites de chaque nation... il faut les... communiquer [les découvertes] dans la langue universelle. Or, personne, je crois, ne refusera cet avantage à la nôtre, qui semble aujourd'hui plutôt la langue de l'Europe entière que la langue des Français. Si quelque autre pouvait lui disputer cette universalité, ce serait la latine. Cette langue, il est vrai, est répandue partout, mais morte, et partout réservée pour le petit nombre de savants : on n'est sûr de la bien parler qu'autant qu'on emploie des phrases entières d'anciens auteurs, et dès qu'on s'en écarte, on forme un jargon hétérogène, dont l'ignorance seule empêche le ridicule. Il se trouve encore, pour justifier le choix de notre langue, d'autres raisons qui ne sont pas moins fortes : ce sont la perfection de
■1. Elaient-ce bien des Prussiens, que des gens comme Bitaubé, né à Kœnigsberg, d'une famille de Réfugiés, ou Formey, également descendant de Huguenots. Les Suisses étaient nombreux : Suker, Mérian, Bernouilli.
'l. Voir SCS Mémoires de 1740 à 1749. Aucun ne concerne le langage.