‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 437 sur 595 · Voir Grand Cartcret, o. c, p. 8i · texte numérisé non relu

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français, etc. Le salon de la célèbre comtesse de Bentinck était tout français.

Fo.NCTioNNAiRES FRANÇAIS. — Tout devint français autour de Frédéric. Il y avait des Français dans son armée : c'est là une matière qui mériterait d'être étudiée d'ensemble. Les Mémoires soumis au Concours de Berlin font plusieurs fois allusion à ces Français qui, en assez grand nombre, prenaient du service dans les armées étrangères. Nous avons parlé, dans un précédent volume, de ceux qui étaient en Hollande. Il y en avait à divers endroits en Allemagne. Jacques Cabrit, dans son Autobiographie, raconte qu'il rencontra en 1704 le régiment de Malerargues à Gœrlitz : « Les officiers étoient presque tous François catholiques romains ». Une jeune personne est recherchée par le colonel. Elle apprend en hâte le français pour l'épouser '.

Frédéric prit aussi des Français dans les administrations civiles^. Voulant augmenter ses revenus et se sachant volé par ses employés des douanes allemands, il fit venir de France six régisseurs, suivis de quinze cents commis de tout ordre et de tout âge. Au nombre des régisseurs se trouvait M. de Launay, qui avait fait l'office de régisseur en Languedoc, et qui fut bientôt élevé au poste d'administrateur général des finances prussiennes, en dépit des rancunes des fraudeurs, des tripoteurs et des rivaux.

Une presse littéraire française a Berlin. — Des Réfugiés profilèrent des circonstances pour créer une presse littéraire française en Prusse. Ce fut Jacques Lenfant qui eut l'idée d'une revue critique destinée à rendre compte des ouvrages français publiés dans ce pays, et cette initiative, à laquelle il associa plusieurs de ses coreligionnaires, contribua efficacement, suivant le mot de Voltaire, à « répandre les grâces et la force de la langue française aux extrémités de l'Allemagne »^.

Mais le grand Frédéric, à peine monté sur le trône, intervint

i. Bail. Soc. Hisl. Prot. fr.. XL, pp. 360 et 364.

'2. Gciger (L.), Berlin, 1688-1840, I, ch. 15.

3. En IT^O, quelques gens de lettres de Berlin formèrent le projet de rendre compte en français d'ouvrages importants publics en Allemagne et inconnus parce que le compte rendu était fait en latin et en allemaml. Lenfant était en correspondance avec les principaux personnages de son siècle, et avait collaboré aux Nouvelles de la République des Lcllrcs et à la Bibliothèque choi.iie de Lcclerc. Il forma donc une société qui prit le nom de Société anonyme, et dont les assemblées se tenaient chez lui. Les principaux membres étaient Beausobre et Mauclerc, qui, après la mort de Lenfant (1728), s'associèrent à Formcy.

La Bibliothèque cjennanique ou Histoire littéraire de l'Allemajne, de la Suisse et des

dans cette entreprise et fit engager Formey à tenter une publication dont il lui fournit les matériaux. Ce fut le Joiumal de Berlin, Noiwelles politiques et littéraires (2 feuilles in-4° par semaine)'. Ce journal ne rendait compte que d'ouvrages écrits en français, insérait des odes, des églogues, des madrigaux français, des poèmes de Voltaire et de Gresset. Il ne réussit pas et disparut en 1741. Il se fonda alors une série de journaux tout aussi éphémères : Le Mercure de Berlin (1741), Le Spectateur en Allemagne (1742), La Gazette de Berlin (1743), LObsei-çateur Hollandais (1744), qui, malgré son titre, était rédigé en français par le marquis d'Argens, puis par du Fresne de Francheville. La capitale résistait et donnait sa faveur à la Berlinische Bibliothek, qui était gallophobe (1748-1750). Néanmoins l'opposition ne parvint pas tout de suite à ses fins. En 1772, Castillon père et fils essayèrent encore la publication d'un Journal littéraire, qui vécut jusqu'en 1776 et forme 26 volumes in-S". Nous aurons à revenir sur ce sujet.

Résultats. — Jusqu'au bout, quelque étonnement qu'on puisse en éprouver, malgré les progrès éclatants que firent alors les lettres allemandes, Frédéric resta fidèle à son culte exclusif. Son jugement sur la littérature allemande est de 1780". Alors que Lessing avait déjà conquis son autorité et que Goethe avait donné ses premières œuvres dramatiques, il ne démordait pas de ses opinions, et c'est avec un sourire ironique qu'il déclarait que peutêtre les bons auteurs allemands paraîtraient quand il se promènerait dans les Champs-Elysées où il présenterait au cygne de Mantoue les Idylles d'un Germain nommé Gessner, et les Fables de Gellert. Les « beaux jours de notre littérature, raillait-il, ne sont pas encore

pays du Nord commença en juillet il^lO, et se continua jusqu'en 1741. AubO"^ volume, Formey, resté alors seul maître du journal, en changea le titre pour celui de Journal littéraire d'Allema(jne, de Suisse et du Nord. Il travailla seul à ce nouveau recueil jusqu'en 174G, époque à laquelle, s'élant associé avec Pérard, pasteur français à Sleltin,il recommença une Nouvelle Bibliothèque ijermanique, qui eut 26 volumes (1746-17o9). Il avait déjà, dès le temps de son association avec Beausobre et Mauclerc, publié séparément une feuille périodique intitulée Mercure et Minerve, sur laquelle nous manquons de renseignements.

Formey a laissé 1517 sermons en français. Il a collaboré à la plupart des gazettes littéraires de Berlin, comme la Bibliothèque critique, la Bibliothèque impartiale, L'Abeille du Parnasse,- les Annales typographiques. Nous avons cité souvent ses Souvenirs d'un citoyen.

1. Le premier numéro parut le 9 juillet 1740. Cependant les matériaux promis par le roi n'arrivant pas exactement, Formey prit prétexte de quelques plaintes qu'un article de circonstance avait soulevées de la part du département des Affaires étrangères pour abandonner ce journal au commencement de 1741 (voir E. Halin, Histoire politique et littéraire de la Presse en France, t. II, pp. '29d-"297 ; cf. Bartholmèss, o. c, t. 1. p. 362).

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