Voir Sayous, o. c, t. II, p
venus ; mais ils s'approchent. Je vous les annonce, ils vont paraître, je ne les verrai pas ». Et malgré les observations de Ilertzberg, chargé de faire imprimer l'œuvre, Frédéric ne consentit pas à retrancher sur ses railleries. « Le Roi, dit Formey dans ses Souvenii-s, a persévéré jusqu'à la fin dans le goût de préférence pour
les ouvrages françois Le dernier lecteur du Roi a fait sa fonction
finale le 30 juillet de 1786, en lisant dans le Précis du Siècle de Louis XV, par Voltaire » '.
On ne saurait exagérer pareille influence en un semblable pays. Les publicistes allemands du temps de Napoléon n'ont pas manqué du reste de marquer la responsabilité du grand Frédéric, qu'ils accusent d'avoir prolongé le servage de l'allemand dans toute l'Allemagne-. On pourrait croire qu'ils écrivent sous l'emprise de leurs passions, il n'en est rien : la sujétion contre laquelle ils s'emportent a réellement existé.
\. T. I, p. lo4-i5o.
2. Sous Frédéric II, « le français était la langue de toute la cour : française était la langue des négociations, des déclarations de guerre, des conclusions de paix, au cœur même de l'Allemagne, comme à Hubertsbourg et à Teschen, et celle des réunions savantes ; française, dans toute l'Europe civilisée, la langue des Etats et des cours, de la Société noble et de toutes les classes supérieures dans les grandes villes; la langue de la correspondance entre peuples étrangers et même la langue de nombreux auteurs qui, même en 1811, faisaient encore corriger leurs écrits à Paris (Radlof, o. c, p. 26, d'après 06e/-. Lit. Z. , 1811, n° 51, p. 197) et même la langue du peuple jusque dans les classes inférieures, considérée, comme on s'en vantait souvent « comme la seconde langue maternelle des Allemands « (Id., ib., d'après Sulzer, Gesch. Daciens, II Tlieil, 1781, p. 408). A cause de Frédéric II, la suprématie de la langue française, et partant la domination du français sur l'esprit, la pensée, les mœurs et la destinée des nations fut maintenue encore pendant un demi-siècle (Id., ib., p. 27).
Vues générales. — Retour sur le passé. — L'histoire du théâtre français à Berlin ressemble sous certains rapports à l'histoire de la presse dont nous venons de parler : mêmes intermittences. Mais ici les causes d'interruption se laissent assez deviner. Un (( Etat des Cours étrangères où il y a comédie française » inscrit : « Berlin, en temps de paix » '. La présence de nos acteurs fut en effet conditionnée surtout par des circonstances diplomatiques et militaires. L'action personnelle des souverains se fit toutefois sentir, elle aussi.
Ces causes réunies ont réduit à quelques années, qui forment trois épisodes séparés, l'histoire du théâtre français en Prusse"-. Le premier, sur lequel nous sommes encore mal renseignés, remonte au début du siècle, lorsque triomphe l'influence francophile de la reine Sophie-Charlotte, seconde femme de Frédéric P'. Lors de son voyage en France, en 1679, avec la duchesse de Hanovre sa mère, elle avait pu voir jouer la comédie à Fontainebleau et chez le duc d'Enghien, au Raincy. Une vingtaine d'années plus tard, lors de la visite de l'archiduc Joseph (le futur Joseph P% qui venait d'épouser Amélie de Brunswick-Lunebourg), elle régalait les nouveaux mariés d'un à-propos en français, joué sans doute à Lutzenbourg, sa résidence favorite \ où Pœllnitz signale l'existence d'une « Comédie française » ^. Nous savons par ailleurs que des danseurs français figurent déjà dans les dépenses de la Cour pendant l'année théâtrale 1684-1685^.
Sophie-Charlotte meurt en 170o et les comédiens perdent en elle leur plus influente protectrice. Néanmoins Frédéric L"" cherchait
1. Chevrier, Observateur des Spectacles, -l^janvier 1762, t. I, p. i'i7.
2. La source principale reste à l'heure actuelle l'important ouvrage de J.-J. Olivier, Comédiens français dans les Cours d'Allemagne. Le tome II est entièrement consacré à la Prusse.
3. Aujourd'hui Charlottenbourg, en souvenir de la souveraine.