Au Marquis de Thibouvillo, Potsdam, 24 oct
lettres ont fait plus de conquêtes que Charlemagne » '. On se contraignait, il n'y a pas de doute, devant le maître ; Vollaire de son côté, arrangeait un peu la réalité. Mais rim})ression qu'il rapporte était bien celle que donnait alors la Cour de Prusse.
Ce fut une surprise pour nosolFiciers faits prisonniers à Rossbach. Ils se croyaient chez eux. L'illusion eût été bien autre encore, vingt ans plus tard. « Des Etrangers de distinction ont quelque fois été tentés au premier coup d'œil, disent Erman et Reclam, de prendre Berlin pour une ville Françoise. Parmi la Noblesse et dans toutes les sociétés de personnes bien élevées, on parle le François aussi communément que l'Allemand » ■.
t. A M'"'^ Denis, 24 août IToO.
2. (c Les Colonies Françoises qui s'établirent en divers lieux dans le Brandebourg offrirent des ressources pour apprendre une langue dont il est difficile aujourd'hui de se passer et dont l'étude entre nécessairement dans le plan d'une bonne éducation. Il n'y a point de contrée en Allemagne où l'on parle le François plus généralement et plus purement que dans le Brandebourg. Nous nous rappelions la singulière impression que fit sur les Officiers I^rançois qui avoient été faits prisonniers à la bataille de Rosbach, non seulement cette multitude de personnes originaires de toutes les Provinces de France, mais aussi l'usage presque général de la langue Françoise à Berlin parmi les Nationaux même ; ils se trouvoient ici comme chez eux » (o. c, t. I, p. 304).
A Sans-Souci, dit M. Desnoireterres, « nous sommes en France : nous retrouvons ses usages, ses modes, son langage, ses beaux esprits, ses savants, ses poëtcs... Aux soupers du roi de Prusse se glissaient bien quelques Allemands, à la condition toutefois qu'ils laissassent à la porte ce qu'ils savaient d'allemand ; la majorité était française et présidée par un Français, car Frédéric est et sera par l'esprit, par le goût, un véritable Français. Il ne cachera pas plus ses préférences pour notre idiome, dont la précision et la clarté le ravissent, que son dédain pour la langue nationale... Les princes du sang, les grands seigneurs, les courtisans, les « honnêtes gens » parlaient français à Potsdam et à Berlin aussi bien qu'à Versailles ; et quand le maître voulait honorer quelqu'un d'une marque particulière d'amitié et d'estime, c'était en lui adressant une de ces épitres en notre langue tant soit peu ternes, mais ot'i ne faisaient défaut ni la philosophie, ni l'esprit, ni la malice » (Voltaire et la Société au XVIII" siècle, t. IV,
pp. 1-;;).