CHAPITRE VI LE RESTE DE L'ALLEMAGNE
Princes et princesses. — Voltaire définissait les Cours d'Allemagne : de vieux châteaux où l'on s'amuse \ C'étaient, à peu d'exceptions près, des colonies françaises, dit Riihs. Dans un curieux document", nous avons un Tableau des Princesses à marier en Europe, en 1725, dressé pour Louis XV. On y a tenu compte de leur connaissance des langues : Marie Leszczyriska : elle parle allemand fort bien, français sans accent (f" 96); — Louise-Dorothée de Saxe-Meiningen : elle parle français (98) ; — Charlotte-Guillelmine de Saxe-Eisenach : elle apprend à danser [et] la langue italienne; elle possède la française fort bien et sans accent (99); — Princesse de Saxe-Saalfeld (pas de prénom) : Parlant peu français et mieux italien. « C'est une cour fort retirée, ne faisant ny fracas ny dépense » (101); — Autre princesse, sœur de la précédente (sans nom) : Ne parlant pas français, fort bien élevée (104); Sophie- Christine de Brandebourg : parle bon français (104). Vit à la cour de Brandebourg-Bareith.
Chaque petite Cour devait être un Versailles, chaque société noble un cercle de ducs, de marquis, de princesses et de comtesses françaises. Dans l'éducation, les mœurs, la langue, les buts et la conduite de la vie, les classes étaient nettement séparées. Herdcr résumera avec bonheur en 1797^ l'impression qu'il avait gardée de ce temps. « En Allemagne, dit-il, il y a de grandes et de petites Cours, celles-ci sont en nombre considérable, celles-là sont huit ou neuf. Les deux espèces ont contribué en diverses manières à un même résultat. Les petits souverains, princes, comtes, barons mettaient leur bonheur à charmer des personnes de rang inférieur et à être encore plus charmés qu'elles ».
Presque tous vont en France, presque tous passent des années entières à Paris ou à la Cour, avec une suite respectable. Ne vont-
1. Cité par Sayous, Le XV II I^ Siècle à l'Étranger, t. II, p. 364.