REPRÉSENTATIONS DE PIÈCES FRANÇAISES TRADUITES
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A Francfort-su r-le-Mein. — Francfort est une des villes les plus intéressantes à étudier. Ce n'était pas une ville de Cour, elle n'était, comme ville d'élections, qu'un rendez-vous intermittent de princes, d'ambassadeurs, et de grands seigneurs. Le prince de Thurn et Taxis, qui s'y établit, n'en était point le souverain, mais l'hôte. Elle n'était pas non plus une ville d'Université, mais, chose peut-être
4. La chronologie des tournées d'Ackermann et de ses successeurs a été donnée par Rudolf Sdilusser : Vom Hamburcjer Nallonallheater :ur Golhaer Hofbiihne (4767-4779), fasc. XIII des Tlieatenjesch. Forscli., Hambourg, 4K95.
2. Cependant Ackermann et Schrœder s'y seraient encore rencontrés, suivant un autre Iiistorien, on 477 i et même en 4776, avec la troupe française d'IIamon. Voir Fr. \\'inlcr et Eug. Kilian, Zur Buhnemjeschichte des Gulz von Berlichinijen, p. 44 (fasc. II des Tlœateryesch. Forsch., Hambourg, 4894) j cf. Wollradc, Chronologie, aux années.
plus intéressante, elle était une ville de librairie, où toute une bourgeoisie, même en dehors des gens qui en trafiquaient, était familière avec les livres. Elle n'était pas une colonie calviniste, quoique plusieurs l'avoisinassent. Enfin elle est la patrie où naquit Goethe et aussi Klinger, où parurent les Frankfurter Gelehrie Anzeigen, l'organe du Sturm uncl Drang. De sorte que nulle part on ne peut mieux suivre que dans ce centre l'histoire de l'influence française qui atteignit son apogée entre 1760 et 1770 '.
Nulle part on ne démêle mieux les causes diverses qui la favorisent, je dirais presque l'imposent. Tout y joue un rôle, la politique d'abord, cette politique à laquelle s'en prendront les adversaires, et dont ils grossiront systématiquement l'influence, ensuite le contact, les relations d'affaires, le commerce intellectuel.
En 1740, le peuple francfortois était fort hostile à la France et aux Français. De Loen nous rapporte un incident qui le prouve. Un incendie ayant éclaté dans les cuisines de l'ambassade, le peuple accusa les Français d'avoir voulu mettre le feu à la ville. Dès lors il devint dangereux de parler français à Francfort. Lui-même, en passant avec un ami dans une ruelle populaire, eut l'imprudence de parler français : il faillit le payer cher. « Ce sont encore des Français, ceux-là, hurlait cette populace surexcitée ; jetez-les dans le feu, les canailles » ! Dans cette même ville, le peuple, trois ans plus tard, voudra assommer un jeune homme, tout simplement parce qu'il est français '.
Des craintes politiques ajoutaient aux préjugés de race et aux jalousies de métier. On soupçonnait la France, — non sans raison, — de vouloir peser sur le Corps Électoral, pour donner à l'Empire un maître de son choix. Le Roi avait envoyé le maréchal-marquis de Belle Isle pour le représenter. Il n'avait pas voix au chapitre et une véritable polémique s'engagea entre VEspion Turc ^ et les Mémoires de l'Empereur Charles VIP. Il s'agissait pour nos envoyés de faire taire ceux d'en bas et de conquérir ceux d'en haut.
Nous n'avons à retenir ici que ce qui fut fait pour tourner les sympathies vers la France, sa civilisation et son esprit. La conquête semble bien avoir commencé par les femmes, peu habi-
1. Quelques mois à peine avant la catastrophe de 191 i, M"'' Bettina Strauss, consacrait à ce sujet sa thèse : La culture française à Francfort au XVII l' siècle, oiivrage fait avec beaucoup de conscience, et une connaissance très approfondie du milieu. Nous ne ferons ici que la suivre.
2. Des Herrn von Loen gesammelle Sc/in//en (Francfort, 1731), t. II, pp. il et l"!, dans B. Strauss, o. c, p. 31.