‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 466 sur 595 · La Hâve, 17i · texte numérisé non relu

La Hâve, 17i

tuées à Francfort aux délicatesses dont elles étalent l'objet dans la société française et qui furent ravies de l'amabilité et des prévenances qu'on leur témoigna. Notre politesse, si neuve pour elles, les charma. Les petits-maîtres, au lieu de paraître ridicules, avec leurs révérences et leurs compliments, les séduisirent. Bacchus, dieu des mâles, était battu par Vénus. On imita, en exagérant, comme d'ordinaire. Le luxe fastueux de l'ambassadeur fut contagieux, les patriciens se ruinaient à l'imiter. Comment s'y prendre sans entrer, par le lanoage, en communication avec les modèles ? '

La maréchale aidait puissamment son mari de sa grâce et de son goût. Elle donnait sans compter fêtes, dîners, mascarades même. La possession du français était une condition essentielle pour jouir pleinement de ces réunions oii se dépensait à flots non seulement l'argent, mais l'esprit.

Un autre événement fut la fondation d'une loge maçonnique, qui eut lieu en 1742, sur l'initiative du marquis de Thiers, attaché à l'ambassade française. Il s'associa le marquis de Gentils, le baron de Schell et le secrétaire de légation Ph. Frédéric Steinheil, tous les trois attachés à l'Électeur de Saxe. La loge, appelée L'Union, fut constituée comme fille de la Loge du même nom de Londres, mais celle-ci était aussi d'origine française, ayant été créée par des Français en 1732. Le 3 mars les statuts furent rédigés — en français, — et l'inauDuration eut lieu le 27 juin de la même année ^. Les hommes les plus distingués de la ville en firent partie.

C'est en français en même temps qu'en allemand que parut en 1746 le discours prononcé par Steinheil le 21 ju-in 1742, oîi se trouvent exprimées, avec une netteté qui ne laisse rien dans l'ombre, les idées qui allaient devenir les principes de l'ordre nouveau. Francfort participait ainsi au grand mouvement qui commençait à entraîner la France. La charge de grand-maître fut de 1762 à 1780 occupée par des Calvinistes d'origine française, dont le groupe fournissait du reste la plupart des adhérents. Aussi la langue française fut-elle presque exclusivement employée dans les comptes rendus des séances, et ce n'est qu'en 1768 que l'allemand la remplaçai

1. Il faut tomber d'accord quo les petits-maîtres français sont préférables aux petitsmaîtres allemands. Parmi les ridicules des premiers, il ne laisse de s'y trouver quelque chose d'amusant et à travers les bordées de fadaises qu'ils vous font essuyer, on y découvre une légèreté d'esprit fort capable d'en imposer, d'autant plus qu'ils font tout avec une certaine aisance. Cn petit-maître allemand n'est pas supportable; outre la gêne continuelle qu'on lui remarque en jouant ce personnage, les bouffonneries qu'il s'efforce de débiter (dans le texte : débuter) sentent presque toujours le Ilans Wurst de leurs comédiens (Le Perroquet, IT-i'S, p. 84-83, dans Boit. Strauss, o.c , p. :207).

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