‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 467 sur 595 · Ead., 0. c. p · texte numérisé non relu

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Naturellement la bourgeoisie voulut suivre. On la vit jusque dans les cafés, institution toute française. Des groupes se créèrent, parmi lesquels la « grande compagnie », où on lisait les ouvrages récents, où on recevait les journaux de Paris, où avaient lieu des conversations, des sortes de conférences même, en français. Marguerite, avec laquelle Goethe noua une si douce idylle, avait résolu d'apprendre le français, a ayant reconnu, chez la marchande de modes, qu'il lui était indispensable ». D'autres dames et demoiselles firent comme elle'. La ville, suivant le mot de Goethe, « se rendait à l'école du français pour apprendre le savoir-vivre ».

Des occupations du pays achevèrent, si bizarre que paraisse ce résultat à des hommes d'aujourd'hui, de précipiter le mouvement. Déjà en 1743, le maréchal de Noailles fut reçu par une députation du Sénat qui le harangua en français, et quand, deux années plus tard, le prince de Conti, commandant en chef des troupes françaises, passa par la ville, l'Édilité, après de longues discussions, décida de lui adresser en cette langue le compliment de bienvenue.

En 17o8 l'occupation par le maréchal de Soubise donna lieu à bien des incidents. Beaucoup, parmi les habitants, voyaient d'un mauvais œil les « alliés de TAutriche ». Soubise, suivant les bonnes traditions françaises, donnait le bal aux dames de la ville^. M""^ de Barckhaus, dans une curieuse lettre à Thoranc, lieutenant de Roi, chargé de la police, fait allusion aux réunions de leurs amis communs, de bons Allemands de la ville, et, citant Voltaire par à peu près, conclut que tout va au mieux dans le monde (8 août 1760). Goethe ne nous a-t-il pas dit de son côté que les impressions ineffaçables qu'il a alors reçues ont a agrandi son horizon et accéléré sa formation morale » ? Ce n'est pas un mince témoignage ^

Cette gallolâtrie trouva des censeurs amers ^. D'autre part, la haine du peuple s'attiédit. Des fêtes fructueuses, données dans une tradition de largesse et de bonhomie, assoupirent pour un temps les rancunes. Les artisans, enrichis par les commandes de costumes, de voitures, de victuailles, de boissons, s'amadouèrent. Ils n'avaient jamais gagné autant d'argent que depuis cette épidémie de la mode française \ Un pamphlet : Le Français à Francfort,

i. Dicht. u Warh.. t. VIII, p. 159.

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