‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 470 sur 595 · Gaumont, Gœthe, pp · texte numérisé non relu

Gaumont, Gœthe, pp

1742. Deux troupes avaient reçu la permission de donner des représentations pendant la durée de la Diète d'élection ; l'une était allemande, l'autre française. Le théâtre français bénéficia du contraste et plut aux gens bien élevés que dégoûtait le Hanswurst de la Comédie allemande. Le directeur de la troupe, J. Bapt. Gherardi, qui avait joué à Paris, n'était du reste pas sans valeur.

C'est en ITil que la troupe débuta (17 juin) avec Le Comte d'Essex de Thomas Corneille et Le Galant Coureur de Legrand. On nous dit que la salle était pleine, car aux Grands Seigneurs s'était jointe une notable partie de la bourgeoisie '. Les « gens de livrée » étaient consignés à la porte.

Le succès fut grand, Loen nous l'a dit, grâce peut-être autant aux charmes de M"" Lyonnais ^ qu'à l'art de Lecoq. Si certaines de ces représentations dont les prix étaient augmentés et où on n'entrait que masqué, comme celle du 3 février 1742, peuvent être considérées comme des réunions mondaines, les représentations ordinaires étaient des soirées littéraires, dont nous connaissons le programme. Il est fort remarquable qu'on ait pu donner non seulement Les Folies amoureuses ou L'Ecole des femmes, mais jusqu'à Phèdre et Athalie. Lors de l'occupation les autorités, désirant plaire à la garnison, autorisèrent L'Hôte et Bersac à jouer non plus sous une tente, mais dans la salle du Junghof. INIalgré l'exemption de tout droit, les entrepreneurs ne firent pas leurs affaires et durent s'en retourner.

Nous savons peu de chose des représentations données. Regnault, appelé par le commandant en chef, en avril 1759, puis abandonné de ses acteurs, aurait obtenu la permission de faire venir la troupe Villeneuve de Strasbourg, qui serait repartie le 9 juin 1762 « rappelée par des ordres supérieurs » et emportant tous les regrets ^ Nous ne sommes pas obligés d'en croire sur parole un journaliste fort suspect. 11 semble qu'une autre troupe soit restée jusqu'au départ de la garnison en 1763. Nous avons, sur ces représentations, un témoignage curieux de Gœthe, qui semble avoir assez bien analysé ses impressions d'enfant — lesquelles étaient probablement celles de plusieurs compatriotes plus âgés : « C'était la comédie que je comprenais le moins, parce que l'acteur parlait vite, et quelle roulait sur des choses de la vie ordinaire, dont les expressions m'étaient tout à fait

i. Belt. Strauss, o. c, pp. 4i-47. Cf. app. 32, p. 212.

2. Le maréchal l'avait fait venir de Strasbourg. Voir sur cette personne le ms. de la Bibl. de l'Arsenal, 10 237, p. 83 et 84, novembre 47'i8 et mai 1749. Elle épousa le fds du Directeur, mais son mariage fut annulé.

3. Cbevrier, Observateur des Spectacles, t. II, p. 229, 17 juin 1762.

inconnues. On jouait plus rarement la tragédie, et sa marche mesurée, la cadence des alexandrins, la généralité de l'expression, me la rendaient, à tous égards, plus intelligible »'. Gœthe ajoute toutefois que la comédie en vers était « fort goûtée » du public.

On sait comment le petit Derones, son ami, probablement fils de l'actrice de Rosne, une des étoiles de la troupe, en l'introduisant à l'arrière de la scène, dans la pièce qui servait à tout et à tous,l 'initia à la fois au français et à la vie théâtrale. Quoi qu'il en soit, il s'imprégna si fort de notre art qu'il essaya avec Schiller d'en introduire le jeu et les procédés sur le théâtre de Weimar, quand il en devint directeur.

Si nous avions ici à suivre l'influence de ce théâtre sur le mouvement des idées, nous nous arrêterions à l'annonce de La Comédie des Philosophes de Palissot, que le jeune homme a vu jouer. Il est possible que dans la ville on portât intérêt à la lutte entre les novateurs et leurs adversaires, mais il est bien vraisemblable que d'autres sujets amusaient davantage. L'intermède en particulier plaisait fort, et La fille mal gardée de Favart, Les Troqueurs de Yadé connurent à Francfort de beaux succès ".

En 1768, à l'occasion du couronnement de Joseph II, une troupe française, conduite par Barizon, obtint un succès considérable, mais après des dépenses exagérées, engagées pour contenter une haute société devenue difficile, elle fut obligée de liquider l'entreprise. Des acteurs viennent alors de Hanau deux fois par semaine. Aux foires de 1771 à 1777, Marchand fait fortune, surtout grâce à l'opéra-comique et à l'opérette \

C'est alors seulement que Seyler, successeur de Marchand, essaie, non sans peine, d'intéresser le public aux ceuvres allemandes. Pochet, en 1783, jouera, après des pièces françaises, des traductions en allemand. Cependant, en 1786, le théâtre français durait toujours et continuait à être fréquenté. La mode avait cessé, l'estime durait.

1. Gœthe, Aus meinem Leben, t. VIII, p. 76. '2. Belt. Strauss, o. c, p. 62.

Page 1