Krotzingen, 29 sept. 1702, Ib., p. 95, n
8. Furstenau, o, c, t. II, p. 152, n. 1. Lettre du 6 octobre 1719.
9. La princesse Caroline de Hcsse-Darmstadt, une femme universellement honorée pour son caractère, n'a jamais écrit une lettre en allemand, que quand elle était sûre que tout le monde comprenait le français, tUe agissait ainsi avec son mari ; parmi plus de deux cents letlres et billets autographes qu'elle m'a adressés, dit C. F. de Moscr, il n'y en a pas un seul en allemand (voir F. Rûhs, o. c, p. 328).
Histoire de la langue jrançaise. VIII. 39
ched que, d'après ses maîtres, « rien n'est plus plébéien que de se servir de l'allemand dans une lettre, et que tous les gens de qualité emploient le français ». L'obligation paraît si impérieuse que Gottsched lui-même, patron et défenseur de l'allemand, écrivit en français au comte Ernst Christophe de ManteufTel, dont il sollicitait la protection, jusqu'à ce que ce dernier lui eût permis de lui écrire en allemand. Et, quand Gottsched écrit en allemand, ManteufTel continue à lui répondre en français. M""* Gottsched écrit aussi en français à la princesse Dietrichstein '. Brockes lui écrit à elle dans la même langue.
Les lettres de M""^ de Sévigné avaient beau figurer dans les programmes d'instruction publique et privée, il faut avouer qu'elles ont peu inspiré les épistolières, alors que les lettres allemandes ont tant de naturel et de charme. Certaines de ces lettres françaises sont des échantillons de barbarie, et quand elles essaient d'attraper notre tour, elles tombent dans la manière et le poncif.
Les savants faisaient souvent comme les gens du monde. Mon collègue Tronchon me dit qu'il a été étonné du nombre de lettres en français émanant d'Allemands et d'Allemandes qu'il a trouvées à la Bibliothèque de Dresde dans les papiers Bottinger. Il est probable qu'on en trouverait autant dans d'autres dépôts. Mais c'est un dépouillement qu'il ne m'a pas été possible de faire.
Pis encore, la mode ayant pris un caractère impérieux, ceux qui ne pouvaient pas mieux faire mettaient au moins l'adresse en français. De braves jeunes gens de Francfort-sur-Oder écrivaient consciencieusement: M. M. Perykart (Péricard), Burge-ministre de la willie A priisent Franquefourt an l'Odre. — A M. M. Reinold, Docteur et Professeur de l'Universitet, pour le présent Deckent de la faculté juridique, très célèbre, à son logis. — A. Mons. M. Hartmann, ministre à la parole de Dieu, etc. — De vieilles dames de la noblesse, qui, hélas ! n'avaient pas appris le français, avaient encore trouvé mieux. Elles calligraphiaient leurs lettres allemandes avec de grands caractères français. Cette adresse en français donnait au pli quelque chose de distingué. On voit un Lessing se conformer à cette manie, et mettre en notre langue l'adresse des lettres qu'il envoie de Wolfenbûttel à Brunswick^.
1. Lcltre du 27 octobre dans Sleinhausen, Gesch. des deulsch. Briefes, t. II, p. 269, et notes 4 et 17. Cf. Reynaud, o. c, p. 250.
2. On donnait aussi sa propre adresse en français : « Dièse Nachricht untcr der Adresse : à Mons. Kirscli, Etudiant en théologie in Leipzig ». Cette coutume ne disparut que vers le milieu du xix' siècle, lorsque la correspondance en français devint d'un usage moins courant et qu'on cessa de dire « bonjour », « merci », « bouteille », ou d'appeler sa « clière mère» en parlant allemand (Steinhausen, o. c, p. 271-272).
Le français comme langue de conversation. — La conversation en français était également une élégance. « Les femmes de Berlin, note Guibert, toutes au courant, et à la fureur, des modes de Paris : toutes parlent français, et même entre elles » '.
« J'avais déjà à mon arrivée à Hambourg, conte J. de Norvins, été passablement étonné d'entendre des enfants de négociants parler à douze ans le français, l'anglais et l'allemand, et ce n'était pas la première fois que je rougissais de l'ignorance où notre fastueuse et routinière éducation de Paris nous laissait vis-à-vis des étrangers. A Gœttingue tous les étudiants, moins cent qui chantaient sous nos fenêtres, parlaient le français plus ou moins bien, et tous ceux du Nord aussi bien que moi » ^.
Je pense que la palme, dans cette course à la francomanie, doit revenir à la mère du poète Canitz, dont Frédéric II lui-même nous a conté l'égarement dans les « Mémoires de Brandebourg ». Ne sachant plus comment renchérir sur les dames de Berlin, elle donna commission à un marchand de lui faire venir de Paris... un mari. On lui envoya un barbon valétudinaire, et elle l'épousa!^
Limites de la pénétration. — Chacun sait tout ce qu'il faut rabattre d'affirmations trop générales. Quand on dit tout « le monde », il convient d'entendre : un grand nombre de personnes; on parle de la jeunesse, et cela signifie : beaucoup de jeunes gens, ainsi de suite. Le bon sens suffirait à indiquer les restrictions qui s'imposent, mais nous avons mieux que cela. Nous avons parlé de la Cour d'Anspach. Or M"* Clairon écrit de Friesdorf le 19 août 1774 (notons la date tardive) : « on trouve à peine à la cour une douzaine de personnes qui puissent avoir une conversation en françois, et tout le reste n'en entend pas un mot » ^.
En 1754, le receveur de Wurtemberg, Flachsland, écrivait à la régence de Montbéliard : « Le principe de n'avoir que des jurés qui sachent les deux langues me paraît d'autant plus étrange et impraticable dans ces terres, qu'il y a des villages où on trouve à peine un seul paysan qui sache les deux langues, et d'autres où il n'y en a aucun qui parle le français » ^.
Coesfeld n'était pas un village. Or, pour s'y faire comprendre, l'abbé Baston sera obligé de recourir au latin".