‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 478 sur 595 · Goncourt, Ai"'' Clairon, p · texte numérisé non relu

Goncourt, Ai"'' Clairon, p

5. Arch. H.-Als., 291 E, dans Ch. Hoffmann, éd. Ingold, t. II, p. 14, n. 3. G. Mém.. t. II, p. 213.

J'ajouterais volontiers aux notes de ce genre celles — et elles sont nombreuses — où des émigrés rapportent qu'ils ont trouvé un homme ou une femme sachant bien le français. C'était donc chose exceptionnelle puisqu'elle les frappait'. Mais à quoi bon accumuler des faits pour démontrer une chose si évidente? Même là où elle a été le plus répandue, la langue française n'a jamais été la langue générale.

Et en profondeur? — Malgré ce qui vient d'être dit, j'estime que l'influence de la langue française avait plus d'étendue que de profondeur. On en avait pris une teinte, on ne la savait pas vraiment. De nombreuses anecdotes en font foi. En voici une, parmi d'autres: Un officier arrive à Vienne, a Je fus, dit-il, conduit à l'empereur, et lui dis tout haut: Sacrée Majesté, victoire ! et à l'oreille de l'empereur'. Bataille perdue. Sacrée Majesté! U empereur y me fit tout de suite passer dans sa cabinet, et comme moi il lui faisoit le détail du malheur à lui, il me dit: Et ma cavalerie » ?^

Le prince-évêque de Fulda, dépossédé, resta dans sa ville, conte le général Thiébault. « Dès qu'il sut ma femme arrivée, il vint lui faire sa visite, et, comme il ne savait pas un mot de français, poussa la galanterie jusqu'à vouloir en apprendre quelques mots ; ses efforts ne furent pas heureux, et benngir, qu'il prononçait pour bonjour, fut tout ce qu'il put retenir et débiter » ^

Un « vieux officier » prétendit expliquer en français à Moore quelques-uns des bons mots d'un bouffon. 11 ne paraissait « pas très exercé dans cette langue », Moore n'y comprenait rien^.

Quand Casanova, après diverses fredaines, est appelé devant le bourgmestre d'Augsbourg, c'est en latin qu'on lui pose des questions ^.

Continuons : « En 1744, le comte de Sade étoit envoyé du roi de France près l'électeur de Cologne; il se trouvoit chez lui beaucoup de grands seigneurs allemands, qui écorchoient notre langue et n'en connoissoient nullement la valeur. Il y avoit entre autres un certain comte de Méternich, chanoine de Cologne, et une fille de très grande qualité, sa maîtresse, qui se servoient de termes si

1. « En allant pour Nimègue... nous parvinmes à nous rendre à Xanten, pelile ville du duché de Clcves... à la sortie de cette ville nous trouvâmes un homme parlant parfaitement français » (G. Loquet, Cahiers de roule d'un émigré, p. 51). Cf. : « un petit homme, assez âgé... me dit en fort bon français, quoiqu'il m'eût entendu parler allemand : Si je pensais, Monsieur le capitaine... » (G' Thicb., Mém., t. II, p. 97-98).

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