Mém.. t. IV, p. o3-a
4. LeU., t. I, p. 315-316, lett. XLII. o. M^m., t. V, p. 109.
impropres et même si malpropres, je veux dire tellement orduriers, que M™* la comtesse de Sade craignoit de recevoir chez elle ces deux personnages. Un jour pourtant qu'ils v étoient, et qu'elle n'avoit point pu leur fermer sa porte, le comte abbé jouoit, et jouoitde malheur; sa maîtresse étoit assise à côté de lui; à un coup piquant, il se retourne vers elle et lui dit : Mam'selle, wous l'y être en péché mortel, vous porter du giiignon à moi. — Pon ! pon ! répond la demoiselle, t^oiis bdtlnez, monsieur l'appé \ — Survient un autre coup, encore plus piquant; le comte-abbé, furieux, lui dit : Qarti ! retire-çous, toi, tu apportes le malheur à moi, faut que i>ous re'^enir de la h... Sa maîtresse se lève alors, sourit, et, lui frappant un petit coup sur la joue, lui dit d'un ton badin : Il l'est point \>rai, petit J ... F... Voilà l'usage que faisoient ces deux bons Allemands du peu qu'ils savoient de notre langue, et ils croyoient pourtant en connoître toutes les finesses et la parler dans toute sa pureté » '.
Wieland lui-même parlait le français avec un fort accent. Le baron de Bourgoing^ raconte qu'il demanda à son père : « Avez-vous lu mon Socrate antélyre't et que son père ne comprenant pas, cherchait vainement dans ses souvenirs grecs. Le vieux poète entendait en délire ».
Il se trouvait des diplomates qui n'étaient pas capables de rédiger correctement une communication, Marmontel prétend avoir été employé à corriger une pièce déjà imprimée, qui par conséquent avait été revue et épluchée à la chancellerie : « Le roi de Prusse, en entrant dans la Saxe avec une armée de soixante mille hommes, a voit publié un manifeste auquel la Cour de Vienne avoit répondu. Cette réponse, traduite en un français tudesque, avait été envoyée à Fontainebleau, où étoit la cour. Elle y devoit être présentée au roi le dimanche suivant, et le comte de Staremberg en avoit cinq cents exemplaires à distribuer ce jour-là. Ce fut le mercredi au soir que le comte abbé de Bernis me fit prier de l'aller voir. Il étoit enfermé avec le comte de Staremberg. Ils me marquèrent tous les deux combien ils étoient affligés d'avoir à publier un manifeste si mal écrit dans notre langue, et me dirent que je ferois une chose très-agréable pour les deux cours de Versailles et de Vienne, si je voulois le corriger et le faire imprimer à la hâte, pour être présenté et publié dans quatre jours. Nous le lûmes ensemble, et, indépendamment des germanismes dont il étoit rempli, je pris la liberté de leur faire observer nombre de raisons mal déduites ou obscurément
1. Anecdote contée par le duc d'Orléans à Collé (Collé, Journ.. t. II, p. 275). -2. Souv. Milit.,p. 48-49.
présentées. Ils me donnèrent carte blanche pour toutes ces corrections » *.
Prémontval n'a pas manqué de s'amuser de ces ignorances : « Domestiques, ouvriers, marchands, soi-disant français ou parlant français : gens avec qui l'on est journellement contraint d'avoir affaire. Passe encore : le besoin rend le mal supportable. Ensuite dans le beau monde, petits-maîtres et petites-maîtresses qui vous débitent leurs germanismes avec une intrépidité sans égale. Fins courtisans, personnages graves; savans de premier ordre; orateurs distingués et grands écrivains surtout (ceux-ci avec la plume, aussi bien que par l'organe de la voix; double avantage). C'est à qui vous assassinera de méchantes phrases, tout en se piquant de beau François » ^.
Le sentiment que pouvaient avoir des hommes distingués de leur incapacité n'arrivait pas à les corriger. On connaît l'histoire du célèbre Moïse Mendelssohn. Fiancé à une jeune fille assez instruite de Hambourg, il est enchanté parce qu'elle apprend le français, et, comme elle s'en lasse, il l'exhorte à continuer, lui envoie toutes sortes de livres, comme La Nouvelle Hélaïse de Rousseau et lui écrit: « Je vous en prie, ma chère demoiselle [liebste Mamsell], apprenez cette langue qui est devenue ici presque la langue maternelle »' (23 juin 1761). Plus tard ses yeux s'ouvrirent et il s'apercevra des ravages faits par cette idolâtrie^. Pour le moment il subissait le charme; il n'était pas le seul. On voit Gottsched, et même Ewald von Kleist, se servir du français dans leur correspondance. C'est avec une lettre en français, que le dernier, converti par le « père Gleim » aux Muses germaniques, lui envoie sa première poésie. Wieland se sert de la même langue en écrivant à Zimmermann^. C'est en français qu'il salue les Zurichois d'un discours d'adieu (1759). Sans doute ce n'est là qu'une concession à la mode, une faiblesse si l'on veut, qui n'ôte rien à la piété qu'ils ont pour l'allemand, laquelle va les pousser à le racheter de la servitude. Le fait est pourtant h retenir.
Ecrivains allemands en français. — On dit que de 1731 à 1780 il