‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 487 sur 595 · Diehl, 0. c, p. 34o · texte numérisé non relu

Diehl, 0. c, p. 34o

ment plus lente '. A Vienne le Theresianum, nous l'avons dit, devint un vrai foyer de culture française ^ En 1760, il avait au moins quatre professeurs enseignant cette langue. Mais il n'en était pas ainsi partout. On entrevoit bien nettement dans divers établissements la lutte entre la tradition latine qui se défend comme elle peut et les nécessités modernes. Nous avons longuement parlé de la faveur dont jouissait la langue française à Francfort-sur-le-Mein. En 1765, les directeurs du Gymnase ne se rendaient pas encore aux vœux de la population ^

11 en coûtait aux Universités de donner une chaire, même extraordinaire, aux nouveaux-venus. Comme partout, c'est le public qui poussait, — chose très intéressante pour cette histoire, — et les autorités qui se résignaient peu à peu, reconnaissant une à une avec le recteur Ballenstedt qu'on ne pouvait désormais jouer un rôle sans l'étude des langues vivantes^.

Le français, là où il fut admis, ne fut pas du reste mis d'emblée sur le même pied que les langues anciennes. Tandis que dans de rares établissements on lui donnait plus d'heures qu'à l'allemand ^

1. Bien entendu enseignement public et enseignement prive se rejoignaient, cl il ne conviendrait pas de les séparer trop nettement. Les maîtres des établissements publics, Universités et Gymnases, avaient à donner en ville des leçons à une vaste clientèle non seulement d'enfants, mais d'adultes.

Par décision du M février ITiO, les professeurs de français de l'Université de Giessen furent chargés de l'enseignement des cadets, et à partir de 1773 nous trouvons ces mêmes professeurs occupes non seulemenl à l'Université, mais aussi au « Pàdagog », l'actuel « Gymnasium ». De plus ils donnaient des leçons particulières à tous ceux qui avaient intérêt à apprendre le français et leur public se composait des notabilités de la ville, d'enfants, « de femmes, et même de gens de la bourgeoisie », comme le constatent les Actes de l'Université deGiessen.

2. Voir Max Freiherr von Gemmclt-Flischbach, Album des Kais. Kœn. Theresianums, Vienne, 1S80- Le recteur Liebkneclit, dans une circulaire adressée à ses collègues, le 24 mai 'I73i, dit que l'on avait eu beaucoup à faire temporc jubilaei Acad. pour ne pas surcharger le Corps Académique d'un ordentl. Professor linguarum exoticarum (Behrens, art. c, p. 173).

3. Voir les Décisions, § 24, 2*^ partie, dans Dorfeld, o. c, p. 17. On y lit : « Bien que la langue française soit enseignée dans beaucoup de gymnases, et que de nos jours elle soit très nécessaire, la direction de ce gymnase ne permet néanmoins pas qu'on l'y enseigne ; les professeurs ne doivent point s'en occuper, mais s'acquitter seulement des leçons qui leur sont prescrites, et laisser le français aux nombreux professeurs et maîtres de langue établis à Francfort ».

4. En 4746, des Françaises s'élal)lirent à Helmstâdt pour y enseigner, et jouirent de la protection du prince Charles, qui les fit payer partie par la municipalité et partie par l'Université ; ces avantages leur furent retirés plus tard, bien qu'un des membres du Conseil municipal eût fait valoir que les Françaises sont utiles au public, tout le monde n'ayant pas les moyens de payer des institutrices ou des professeurs privés de français, et que, vu les exigences actuelles de la vie, la connaissance du français était devenue une nécessité absolue, « ut quicunquo litcras antiquas cum rccentioribus non conjungat nec in his ajquc ac in illis versatus sit, parles sibi imposilas parum tueri possil » (Dorfeld, 0. c, p. io).

?). Dans le Philanthropinum de Dessau, c'est le français qui est considéré comme langue d'utilité publique pour les enfants des classes élevées ; il fallait même que le nombre d'heures qui lui étaient consacrées fût le double de celles qu'on employait pour l'allemand (Id., ib., p. 48).

le plus souvent il n'était considéré que comme une matière accessoire ou facultative ' qui restait en marge des éludes ; on rétribuait misérablement les maîtres^, tout en prétendant les choisira

A Oldenbourg on enseignait le français depuis 1755, mais avec interruptions; en 1770, l'autorité s'efforça d'y établir un professeur permanent; les appointements étant trop maigres (cinquante écus d'Allemagne), ni Ligon, ni Gérard n'y restèrent longtemps. C'est en 1792 seulement, une somme double étant attribuée pour l'enseignement facultatif du français, qu'un ex-avocat alsacien, Bérard, accepta la place. Il avait enseigné auparavant à l'Institut de Celle. Mais, comme les professeurs particuliers lui faisaient beaucoup de tort, il quitta ses fonctions. Son successeur fut, en 1794, un ancien lieutenant français, le marquis Montalembert le Cerf, auquel succéda, en 1802, le Sieur Gabriel Phil. Fatras Ducoudray, de Rouen.

En raison de ces mesquineries il arrivait que l'enseignement fût interrompu faute de personnes compétentes. On ne devra donc pas le considérer comme définitivement installé à partir des dates que nous citons plus loin.

Ces avertissements une fois donnés, il m'a paru bon de résumer en un tableau les indications essentielles que m'ont fournies les études des Allemands, en particulier celle de Dorfeld*. Un simple coup d'œil jeté sur ce tableau montrera que les décisions furent, somme toute, assez tardives, mais on réfléchira qu'il s'agissait de rendre officielle une langue étrangère vivante, et que pareille révolution demandait réflexion. Elle avait à peine été proposée en France. D'autre part, si l'évolution fut graduelle, le résultat n'en

1. Vers 4761, au Gymnasium illustre de Stuttgart, on n'enseignait le français qu'au commencement de la classe, jusqu'à ce que tous les élèves fussent réunis, ou à la fin, lorsqu'il ne restait plus qu'un quart d'heure à employer.

Au Gymnase supérieur, un Français enseignait comme professeur de langue française, mais les quatre heures de leçons par semaine qu'il donnait constituaient un enseignement facultatif (Schanzenbach, o. c, p. 7).

En 1774, à Lunebourg, on l'enseignait quatre heures par semaine seulement (Dorfcld, 0. c, p. 19).

2. Lorsqu'un candidat était marié, sa femme était également soumise à un examen, car elle était fréquemment obligée de travailler aussi pour subvenir aux besoins de la famille. Ainsi, dans un rapport adressé en 1745 par l'Université de Giessen au Prince, il est constaté que la femme du candidat Dcmonchanin est disposée à instruire les filles des gens nobles (Behrens, art. c, p. 171). Le maître de langue des Flammes fait connaître en 1718 son intention de quitter l'Université, car, si sa femme n'avait pas aussi donné des leçons « aux petites demoiselles », il n'aurait pas pu joindre les deux bouts (Id., ib.).

3. En 1773 l'électeur de Mayence, Emmcrich Joseph de Brcidbach, fonde à "V\ orms un Gymnase. Dans le plan d'études il est spécifié que « les professeurs devront parler couramment un pur français, avec l'accent qui lui est propre, et écrire d'après le modèle des meilleurs auteurs ». Il ne s'agit plus d'un pensionnat de rencontre, on veut pour une étude sérieuse des maîtres éprouvés (Dorfeld, o.c.,p. 18).

fut que plus stable. La mode put passer, le français cessa de menacer l'allemand : il était devenu classique en Allemagne et il le resta.

Tableau d'ensemble des villes où fut établi, de 1713 a 1800, un enseignement du français*.

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